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Vingt pistes pour changer le travail. Sciences Humaines

Publié par Cap Education sur 13 Septembre 2014, 18:30pm

Sciences-Humaines-TravaiilLa revue Sciences Humaines a consacré son « Grand Dossier » de septembre au travail. Ce numéro est particulièrement réussi, on y trouve des contributions de meilleurs spécialistes (le psychologue du travail Yves Clot, la sociologue Dominique Méda, l’économiste Bernard Gazier,...) ou encore un abécédaire qui recense les concepts mobilisés par les chercheurs: risques psychosociaux, flexisécurité, gouvernance, responsabilité sociale de l’entreprise, parties prenantes, reconnaissance, confiance, …

Qualité de vie au travail 

Dans son article le psychosociologue Philippe Zawieja attire notre attention sur le fait que les open spaces et l’overdose de communication (mails, communications téléphoniques, …) affectent la concentration de chacun. Il milite pour une nouvelle articulation entre la collaboration indispensable et ce qu’il nomme la « sollaboration » qui répond au besoin « de s’extraire temporairement du monde, d’une aspiration au calme, à la tranquillité, à la prise de recul, à l’introspection, ou plus simplement d’échapper aux multiples pressions pour accomplir sa tâche et (…) prendre le temps de faire du beau travail ». La créativité collective et la créativité individuelle exigent un cadre de travail différent auquel les organisations doivent être attentives. L' auteur plaide pour la création d’espaces sollaboratifs (salles ou bureaux à disposition) ou de situer la salle de pause suffisamment à l’écart pour éviter que « les plages de convivialité des uns n’empiètent pas sur les moments de travail des autres ».

La psychologue Lucie Côté recense les différentes façons d’affronter des situations stressantes que les anglosaxons nomment « coping », to « cope with » signifie « faire face à. ». Elle identifie quatre stratégies spécifiques (la modification de la situation, le lâcher-prise, la résignation et l’acharnement) et une stratégie générale l’évitement. La clinicienne pointe les limites de l’acharnement: « s’acharner c’est s’obstiner alors que la situation n’est plus sous contrôle (…). L’acharnement est caractéristique d’une personnalité perfectionniste et idéaliste, relève d’un sentiment de culpabilité et conduit à terme à l’épuisement ». Lucie Côté préfère le lâcher-prise qui « ne signifie pas que l’on se résigne à agir mais que l’on fait le deuil d’un idéal inatteignable. (…) Le lâcher-prise libère et rend plus serein, (...) on ne peut pas à la fois apprendre à nager et vouloir réaliser une performance ». Une autre stratégie efficace consiste à agir pour modifier la situation et suppose de bien analyser la situation, de développer ses compétences, d'obtenir le soutien et des conseils pratiques. Face à la tentation de la résignation et aux pensées dépressives qu’elle engendre, la psychologue propose de reprendre le contrôle de la situation en prenant du recul, en planifiant, en réajustant si nécessaire les objectifs et en s’appuyant sur son réseau social. Le coaching a sans doute un bel avenir même si la profession peut réunir des profils très différents aux compétences inégales.

Changer l’entreprise - Partager le travail

Pour Blandine Segrestin et Armand Hachuel, auteurs de « Refonder l’entreprise » (2012) : « la crise actuelle est moins celle de l’économie que du management et de sa gourverance ». L’Entreprise ne prend pas suffisamment en compte les intérêts de l’ensemble des parties prenantes (salariés, clients, fournisseurs, …), les chercheurs militent pour la création d’une nouvelle forme juridique: la société à objectif social étendue (SOSE), les sociétés commerciales inscriraient alors dans leurs statuts « des objectifs non limités au profit, tels que le maintien de l’emploi, le renoncement à des techniques polluantes, une gouvernance partagée ». Le dirigeant serait ainsi réhabilité et pas seulement le représentant des seuls intérêts des propriétaires du capital.

Pour sa part, Dominique Méda observe avec justesse que « certains travaillent trop et font du burnout, d’autres travaillent trop peu. Le temps de travail est réparti d’une manière sauvage, au hasard des fermetures d’entreprise, des dates d’arrivée sur le marché du travail, des diplômes détenus, au détriment des moins qualifiés, des femmes, des immigrés, des seniors ou encore des jeunes ». Elle défend depuis longtemps le partage du travail et observe que « le dénigrement de la réduction du temps de travail est le résultat d’une victoire purement idéologique ». Les lois Aubry ont permis en effet de créer 350.000 emplois et les salariés, dans leur majorité, sont globalement satisfaits. La sociologue conclut que la réduction du temps de travail pourrait constituer le pivot d’une société post-croissance « en totale opposition avec le choix actuel de la compétition et du low cost généralisé ».

Enquête participative.

La revue Sciences Humaines (SH) a décidé de ne pas se limiter à un diagnostic, elle propose à ses lecteurs de prolonger la réflexion en organisant une grande enquête collaborative visant à rassembler sur le thème du travail des « témoignages, des reportages, des analyses et des pistes d’action ». L’appel lancé par SH s’inscrit ici dans le sillage du site raconterlavie.fr initié par le sociologue Pierre Ronsavallon.

Les personnels de direction ont tout intérêt à muscler leur compréhension du travail et de ses enjeux car d'évidence dans nos sociétés post-industrielles montent en puissance les revendications autour de la qualité de vie au travail, les enquêtes montrent d'ailleurs que les enseignants font partie des professions les plus stressées. Le chef d'établissement n'a pas tous les leviers mais son positionnement participe à créer un climat d'établissement plus ou moins serein. La formation des cadres de l'Education Nationale est quasiment aveugle à  cette dimension. 

Accéder au site Changerletravail.fr

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