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Dimanche 12 mai 2013 7 12 /05 /Mai /2013 13:21

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Deux conceptions de la vie scolaire

Le rapport remis à Vincent Peillon pour un enseignement de la morale laïque permet de nous attarder sur quelques constats, nous nous attacherons particulièrement à la vie scolaire. Le rapport distingue deux conceptions de la vie scolaire. La première est couramment admise et pratiquée, en conformité avec le code l’éducation. La notion de vie scolaire, notent les rapporteurs, s’entend généralement comme l’encadrement des élèves pendant les temps hors classe et la participation au suivi éducatif individuel et collectif des élèves, en collaboration avec les enseignants. Les conseillers principaux d’éducation en sont les artisans majeurs. Le domaine « vie scolaire » fait l’objet du livre V du code de l’éducation qui définit notamment les droits et obligations des élèves comme « l’accomplissement des tâches inhérentes à leurs études ; elles incluent l’assiduité et le respect des règles de fonctionnement et de la vie collective des établissements » (article L-511-1). »

La seconde, sur laquelle les rapporteurs appellent à réfléchir, est autrement plus ambitieuse : « Une réflexion et des évolutions sont aujourd’hui en cours pour penser la vie scolaire comme un élément essentiel d’une politique éducative d’ensemble, qui ne serait pas seulement axée sur une politique de prévention autour d’actions ponctuelles en réaction à des faits (faits de violence par exemple), mais centrée sur des actions qui installent les savoirs de façon durable, les transforment en comportements pérennes adossés à un socle de valeurs reconnues par tous. En ce sens, la politique éducative est au cœur du projet d’établissement et sa mise en œuvre concerne l’ensemble des membres de la communauté éducative ». Cette conception, non pas interstitielle mais intégrative de la vie scolaire, place la question éducative non pas dans les marges des enseignements mais au cœur de la politique de formation de l’établissement. « La vie scolaire est alors comprise comme l’ensemble des dispositifs et modalités qui organisent la vie des élèves dans l’établissement : elle ne se réduit pas au temps hors la classe ». Dans ce cadre « les personnels qui ont la responsabilité de la vie scolaire hors temps de classe doivent nécessairement mener leurs actions en continuité avec le temps de l’enseignement dans la classe. Comprendre la nécessité de ne pas séparer les deux dimensions, pour les enseignants et pour les personnels de la vie scolaire, permet d’éloigner le risque que les initiatives prises par les acteurs de la vie scolaire ne fassent pas sens pour les élèves. Ainsi, le rôle du chef d’établissement et des conseillers principaux d’éducation ne se conçoit qu’en articulation étroite avec les autres membres de la communauté éducative autour d’un projet qui donne sens à du collectif, condition de son appropriation ».  Il est intéressant d’observer comment les auteurs du rapport analysent l’état de l’art dans l’enseignement de second degré en 2013.

Les heures de vie scolaire "sur le papier"

Le premier exemple qu’ils prennent est celui des heures de vie de classe. Ils en rappellent le sens. « Ces heures, dix heures annuelles inscrites dans l’emploi du temps des élèves, visent à permettre un dialogue permanent entre les élèves de la classe, entre les élèves et les enseignants ou d’autres membres de la communauté scolaire, sur toute question liée à la vie de la classe, à la vie scolaire ou tout autre sujet intéressant lycéens et collégiens. Si la fréquence et les modalités d’organisation de ces heures peuvent être variables selon les établissements, elles doivent être organisées sous la responsabilité du professeur principal ou des conseillers principaux d’éducation, avec le concours des enseignants de la classe, des conseillers d’orientation-psychologues, des documentalistes et des personnels de santé ». Le bilan de la mise en œuvre de la prescription est pour le moins très mitigé : « Dans les faits, ces heures n’atteignent pas réellement les objectifs fixés et elles peuvent encore trop souvent être utilisées à des débats informels ou à des études dirigées, quand ce n’est pas pour terminer le programme ». A ma connaissance, le pourcentage de collégiens et de lycéens ayant effectivement bénéficié chaque année des 10 heures de vie de classe effectives qui leur sont dues est plus proche de 0% que de 100%.

Des instances ... peu participatives

Les rapporteurs s’attachent ensuite aux instances participatives et aux actions éducatives. Et, ici encore, le constat est des plus mitigés. "Toutes les maisons des lycéens n’ont pas été créées, la majorité des élèves n’utilisent pas leurs droits, comme la liberté d’information et d’expression, et ne s’investissent pas dans les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté. Les remontées du résultat des élections à la vie lycéenne montrent un taux de participation global des élèves de 47,75 % pour les élections qui se sont déroulées du 15 au 19 octobre 2012, les filles restent minoritaires, particulièrement au Conseil national de la vie lycéenne. Les instances sont peu connues et peu valorisées au sein des établissements, le conseil de la vie lycéenne parfois perçu comme une simple obligation réglementaire, ce qui en- traîne un fonctionnement minimaliste, autour par exemple de la préparation de la fête de fin d’année. Cette absence de valorisation se manifeste par le fait que l’intégration de l’engagement des élèves dans leur évaluation individuelle est très rare. Les lycéens ont le sentiment que les adultes de l’établissement ne légitiment pas leur parole, qu’elle n’est pas prise en considération, que certains sujets ne peuvent être abordés. Ils vivent alors les instances comme un dispositif institutionnel, formel et éloigné de leurs intérêts".Ainsi, les instances représentatives restent-elles trop souvent des coquilles vides. Dans de nombreux établissements, comme le constate l’inspection générale vie scolaire dans son rapport de 2011, les objectifs pédagogiques et éducatifs sont davantage juxtaposés que coordonnés, les activités des personnels enseignants et des personnels d’éducation restant cloisonnés. La vie scolaire reste souvent identifiée par les enseignants et par les élèves comme « un lieu, le bureau de la vie scolaire, et comme un service dédié au maintien de l’ordre et de la discipline » et ce dans une approche individuelle et non collective. L’éducation civique au collège et l’éducation civique juridique et sociale au lycée sont portées par des enseignants et la vie scolaire y est rarement impliquée. À l’inverse, la formation des délégués de classe associe très peu les enseignants ; l’heure de vie de classe est rarement utilisée pour aborder en co-animation entre conseillers principaux d’éducation et enseignants des sujets permettant une réflexion éducative d’ensemble sur l’établissement comme lieu de vie et d’apprentissage de compétences sociales et civiques. Ceci a pour conséquence d’empêcher que les élèves, et parfois les adultes, ne saisissent une cohérence d’ensemble, particulièrement autour de l’apprentissage de la citoyenneté et de l’autonomie des élèves. »  

Le bilan éducatif du second degré est donc plutôt décevant. « Pour autant, la transmission de valeurs morales communes est souvent désincarnée. C’est essentiellement dans les moments de tension, de dysfonctionnements (violences, incivilités, discriminations, sexisme) que l’établissement, en se mobilisant dans son ensemble, identifie clairement un socle de valeurs et donne davantage de chair à cet apprentissage. Mais cette mobilisation se poursuit rarement autour d’un projet pérenne. Les associations déplorent trop souvent qu’on ne les sollicite que dans les moments de crise. Cet ensemble semble décourager les élèves, mais aussi les adultes qui se désengagent des instances existantes, les enseignants étant peu formés et mobilisés. Or la présence active et dynamique des adultes, respectueuse de la place des élèves, est une condition de la réussite de la participation, soulignée par les élèves eux-mêmes ».

L'enseignement laïque de la morale

On ne sera pas surpris de ces constats, ils constituent une véritable alerte à propos de l’avenir de l’enseignement laïque de la morale, prévu dans le cadre de la refondation de l’école de la République. Quand on prend la mesure, comme le font les rapporteurs que nous avons largement cités, des écarts existant entre l’officiellement prescrit et l’effectivement réalisé dans les établissements, on ne peut pas se contenter d’ajouter des prescriptions nouvelles pour changer la culture du second degré français : le changement  de culture ne se décrète pas, il est une œuvre de longue haleine, qui ne commencera effectivement qu’à partir du moment où le moins disant éducatif, les coquilles vides, les piteux arrangements avec les textes, l’incohérence entre le dire et le faire ne seront plus de mise dans le travail au quotidien des personnels auprès des élèves. C’est à chacun, professeur, conseiller principal d’éducation, formateur, personnel de direction et d’inspection, d’avoir cette vigilance, de se considérer comme garant du sens éducatif de l’action individuelle et collective. Et cela questionne aussi le sens de la formation professionnelle donnée au sein des écoles supérieurs du professorat et de l’éducation : si on persistait à séparer futurs professeurs et futurs conseillers principaux d’éducation, à donner à la formation des premiers un contenu exclusivement disciplinaire, il y aurait fort à parier que les constats dressés en 2013 ne soient encore valables pour longtemps

Par Jean-Pierre VERAN - Cap Education
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