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Vers une approche globale du temps scolaire

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap Education sur 5 Mai 2013, 10:17am

http://boutique.berger-levrault.fr/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/4/5/4553_1.jpgDe l’emploi du temps aux emplois des temps. Vers une approche globale du temps scolaire. Sébastien Rivemale, Marie-Hélène Bodilis, Jean-Pierre Veran. [Présentation de l'ouvrage par un des auteurs].

La publication annuelle au printemps des indicateurs de résultats des lycées est l’occasion de s’interroger sur la valeur ajoutée ou retranchée des établissements à la réussite des élèves qu’ils scolarisent. En effet, rien ne permet pour l’heure de mesurer l’origine certainement multifactorielle de cette plus ou moins value. Pour les auteurs de cet ouvrage, il ne fait pas de doute que l’approche du temps scolaire fait partie des leviers possibles de plus-value, au collège, comme au lycée professionnel et au lycée général et technologique. Ils partent du constat que l’emploi du temps est, pour les directions d’établissement, une clef essentielle d’une année scolaire réussie. Impatiemment attendus et scrutés par les enseignants lors de la pré-rentrée, attentivement passés au crible par les représentants des parents d’élèves, ils sont au mieux source de frictions passagères avec quelques-uns, au pire de tensions collectives lourdes, comme on a pu le constater dans tel ou tel lycée au moment de la rentrée.

Des données historiques

Une approche historique rapide permet de mesurer  utilement les variations intervenues dans le temps scolaire et sa répartition dans le second degré de l’enseignement. Il n’est pas inutile, par exemple, de se souvenir, avec Claude Lelièvre, de l’organisation de l’emploi du temps des Ecoles centrales, entre ancien régime et premier empire, qui propose aux élèves des cours autonomes et facultatifs donnés d’année en année par le même professeur, les élèves du même âge pouvant suivre des sections différentes dans chacun des cours à leur choix. On s’étonnera de voir combien les préconisations du projet de réforme de l’enseignement de 1946 sont restées lettres mortes, qui préconisaient 20 heures hebdomadaires d’enseignement de 11 à 13 ans, et 25 de 13 à 15 ans. On peut également percevoir une sorte d’ironie de l’histoire à voir, à l’orée des années 2010, réintroduire prudemment 72 heures annuelle d’accompagnement personnalisé pour les lycéens, quand ceux du premier empire, pourtant bien plus homogènes socialement et culturellement, disposaient d’un temps d’étude quotidien supérieur au temps de classe. On pourra également constater que ce que disent les lycéens dans le cadre de la conférence nationale sur les rythmes scolaires de 2011 ne fait que confirmer ce qu’avaient relevé les inspecteurs généraux Borne et Perret dans leur rapport de… 2001 intitulé L’emploi du temps des élèves dans les lycées.  

Des données comparatives

Le regard porté sur le temps scolaire dans différents pays ne manque pas d’intérêt. Si, s’appuyant notamment sur les travaux de Nathalie Mons, les auteurs rappellent la difficulté de comparer, il n’en demeure pas moins que certaines données donnent à réfléchir. On retiendra par exemple le  Newham six form Collège de Newvic (Londres), où les élèves, très majoritairement issus de milieux populaires et de l’immigration,  ont en première et terminale rarement plus de 20 heures de cours, mais disposent d’un learning ressource centre, très largement ouvert toute l’année, y compris pendant les vacances scolaires, près de 60 heures hebdomadaires par semaine. Les postes informatiques y sont nombreux, pour accéder au Virtual learning environment  (une forme augmentée de nos ENT), les personnels susceptibles d’accompagner les élèves également : bibliothécaires, assistants bibliothécaires, tuteurs, enseignants effectuant du coaching. L’évolution récemment préconisée de nos CDI vers des centres de connaissances et de culture pourrait s’en inspirer.

Les premiers résultats d’expérimentation en cours

Dans le même esprit, les auteurs recensent les expérimentations et innovations conduites dans différents établissements français en s’attachant à en donner les premiers éléments d’évaluation par rapport au climat de l’établissement, à l’assiduité, l’attention et la réussite des élèves. On retiendra par exemple l’emploi du temps des élèves dans un internat d’excellence, ou celui des collégiens d’un collège ECLAIR.

Une approche très concrète

Les auteurs n’esquivent aucune des difficultés, internes ou externes, susceptibles de compliquer la tâche d’élaboration des emplois du temps. Ils prennent ce qu’ils appellent les facteurs de rigidification les uns après le autres et proposent, à partir de situations concrètes, des exemples d’organisation, parfois alternatifs en évaluant les avantages et inconvénients de chacun des  choix. Il en va ainsi, par exemple, de l’accompagnement personnalisé, des barrettes d’enseignement, des pavés d’enseignements professionnels, des HSA, et, en matière d’étude de cas, de l’emploi du temps de la classe de seconde, du cycle terminal, de la mise en œuvre d’un enseignement par compétences au collège comme au lycée. Cette réflexion très concrète, partant de la visée pédagogique, ne rend que plus fondée la mise en garde contre la prétendue capacité de réalisation optimale promise par les logiciels d’emploi du temps.

Une vision politique.

L’essentiel se joue donc, pour les auteurs, sur le plan politique.  Celui de la politique pédagogique et éducative dont l’emploi du temps est la traduction la plus fidèle possible. Tout se joue, de ce point de vue, avec la répartition des services, à partir de la répartition de la dotation horaire globale, et avec la répartition équilibrée  des équipes pédagogiques et des classes. On ne négligera en aucun cas les emplois du temps des personnels du service de la vie scolaire et du (ou des)professeur(s)-documentaliste(s).

Celui, essentiel, de la gouvernance de l’établissement. L’emploi du temps est de la responsabilité de la direction. Son élaboration ne peut résulter que de sa seule réflexion. Deux rapports récents, publiés sur le site du ministère de l’éducation nationale, relèvent par exemple que « Les CVL ne sont pas consultés sur ces questions. Les élèves sont peu ou pas informés des objectifs et modalités de l’AP (accompagnement personnalisé, NDR)au niveau du lycée comme au niveau de leur classe. Cela contribue à leur incompréhension et déception face à l’AP. » Les auteurs accordent une grande importance à la prise en compte de l’ensemble des membres de la communauté éducative concernés par les emplois du temps, au premier chef, les élèves et les personnels. Le conseil de la vie lycéenne comme le conseil pédagogique, mais aussi les conseils d’enseignement d’équipes disciplinaires, les réunions d’équipes projets, constituent des passages obligés dans le parcours de préparation des emplois du temps, au même titre que la prise en compte des parents, au travers de leurs associations et de leurs élus, du  service de restauration et d’internat, ainsi que de la formation continue des adultes. Tenir compte du rôle décisionnaire du maire de la commune, faire jouer au conseil d’administration son rôle plein et entier sur les temps scolaires de l’établissement, ne sont en aucun cas des contraintes, mais des leviers pour que la connaissance réciproque des attentes et des besoins, des contraintes objectives prépare au mieux la réception par tous du travail conduit par l’équipe de direction sur les emplois du temps.

Cet ouvrage se veut une ressource réflexive et pratique pour tous les personnels de direction, en particulier  pour ceux qui entrent dans le métier comme pour ceux qui ont en charge de les former et de les accompagner.

De l'emploi du temps aux emplois du temps. Vers une approche globale du temps scolaire. Berger Levrault

Les auteurs

Deux personnels de direction, exerçant dans l’Hérault, Marie-Hélène Bodilis , proviseure du Lycée Champollion de Lattes et Sébastien Rivemale, proviseur adjoint du Lycée Joliot Curie de Sète,  qui ont exercé dans des académies et des établissements variés (collège rural, cité scolaire en zone sensible pour l’un, lycée polyvalent en zone violence, lycée général et technologique , lycée polyvalent pour l’autre) et sont formateurs pour les personnels de direction. Un inspecteur d’académie, Jean-Pierre Véran, responsable du pilotage de la formation des personnels d’encadrement de 2007 à 2010, formateur en master à l’Université Montpellier 2, co-auteur chez le même éditeur de Le conseiller principal d’éducation, de la vie scolaire à la politique éducative (2e édition, 2012). Jean-Pierre Véran est, également, membre de l'équipe de rédaction de Cap Education

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