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Revue internationale de Sèvres: l'école dans les médias

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap-Education.fr sur 3 Octobre 2014, 19:19pm

http://www.emilangues.education.fr/files/imagecache/largeur-140/par-rubriques/vignettes/CIEP2009.jpgLa Revue internationale d’éducation de Sèvres publie, dans son numéro 66 de septembre 2014, un dossier portant sur  L’école dans les médias. Riche de contributions  de chercheurs en éduction et de journalistes venant de huit pays différents, ce dossier a comme premier mérite de mettre en  lumière en France, une question  fondamentale, rarement traitée, même si  Yann Forestier, contributeur de ce numéro, a soutenu en 2014 une thèse de doctorat sur L’école, exception médiatique, la presse face aux enjeux des changements pédagogiques, 1959-2008. On se bornera ici à proposer, d’un point de vue français,  des éléments de réponse  à deux questions qui interrogent le titre même du dossier : quelle école, quels médias ? Quelle école ?

Le recteur Daniel Bloch rappelait souvent que, lorsque les français parlent de l’école, ils parlent de l’école des anciens francs. Derrière cette boutade, il soulignait quelque chose de fondamental : la fiction tenace d’une école traditionnelle sévère mais juste dont on regrette la disparition, et que de beaux esprits heureusement défendent.

L'école de ceux qui aiment l'Ecole

Comme l’écrit Yann Forestier à propos de « ceux qui aiment l’Ecole »dans son article, « «le discours antipédagogiste constitue pour ces acteurs une médiation interprétative très utile pour expliquer les difficultés rencontrées par l’institution scolaire tout en épargnant le modèle traditionnel et ceux qui s’y identifient (Balland, 2009), mais il permet surtout de rappeler, par la condamnation sans appel des tentatives de réforme, la valeur irremplaçable des distinctions que cette école a conférées ». De Pierre Gaxotte dans Le Figaro en 1971 à Bertrand Poirot Delpech dans Le Monde en 2002, en passant par Philippe Némo  dans Le Quotidien de Paris en 1992, Yann Forestier cite une liste de signatures d’intellectuels aimant l’Ecole, qu’on complèterait volontiers avec les noms de  Régis Debray ou Alain Finkielkraut, républicains entre les républicains, thuriféraires de l’Ecole républicaine et pourfendeurs du « pédagogisme ». 

Qu’ont en commun  ceux qui aiment l’Ecole ? « Construire leur identité sur un parcours scolaire prestigieux, la maîtrise de la culture légitime et la familiarité avec les lieux du pouvoir culturel ».C’est ainsi que « les journaux prennent le risque de contribuer au renforcement de représentations peu propices au changement ».L’Ecole de ceux qui aiment l’Ecole est un modèle éducatif historiquement daté et construit, mais qu’ils essentialisent en le libérant « de ses déterminations sociales et de son historicité ». Cette école de la République, souvent comparée à un ascenseur social,  culturel, tient-elle vraiment les promesses de liberté, d’égalité et de fraternité de la devise républicaine ?

On sait bien que non, puisque l’école française est celle où le lien entre les inégalités scolaires et l’origine sociale des élèves est très fortement marqué. L’école de ceux qui aiment l’Ecole est l’école qui sait parfaitement former et produire une élite, dont ils font partie, au prix d’un échec scolaire massif. L’école où l’on évalue les élèves avec des moyennes générales qui n’ont aucun sens. L’école où l’expérimentation actuelle du dernier mot laissé aux parents en matière d’orientation est perçue comme une énième agression… Peut-on vraiment aimer cette école là au point de vouloir la conserver telle quelle ? Telle est la vraie question.

Internet: de nouvelles perspectives

Quels médias ? Yann Forestier, dans sa conclusion, souligne que « le développement d’internet ouvre de nouvelles perspectives».  En effet, nous ne sommes plus aujourd’hui dans une société informée exclusivement par les médias de masse, mais informée également par les blogs et les réseaux sociaux.  Leur impact n’est pas négligeable : voir un Président de la République  et  une collégienne de 15 ans, expulsée du territoire français après avoir été interpelée au cours d’une sortie scolaire, se répondre par médias télévisuels interposés aurait été impensable sans la puissance mobilisatrice des réseaux sociaux sur l’opinion et sur les médias traditionnels. Ce coup politico-médiatique ne doit pas cacher la réalité d’une progressive co-construction de l’information sur l’école, entre groupes communautaires,  journalistes spécialisés, citoyens ordinaires, prometteuse du dépassement de catégories artificiellement construites qui figent le débat en évacuant les enjeux concrets -sociaux, culturels et politiques- des choix concernant notre institution scolaire.

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