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Réinventer "la promesse républicaine"

Publié par Jean-Marc ROBIN - Cap Education sur 19 Août 2013, 23:00pm

http://www.ca-amiens.justice.fr/art_pix/logo-marianne.jpg« La France, avec la refondation de son école, se donne les moyens de répondre aux grands défis auxquels elle est confrontée : améliorer la formation de l’ensemble de la population, accroître la compétitivité, lutter contre le chômage des jeunes, réduire les inégalités sociales et territoriales, favoriser la scolarisation des élèves en situation de handicap et recréer une cohésion nationale et un lien civique autour de la promesse républicaine ».


La loi « d’orientation et de programme pour la refondation de l’Ecole de la République » a été publiée au journal officiel le 9 juillet 2013. Les grandes orientations sont connues : priorité au premier degré avec le dispositif « plus de maîtres que de classes » et la modification des rythmes scolaires (9 demi-journées) ; mise en place d’une formation initiale et continue renforcée avec la création des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education (ESPE) et le retour d’une année de stage pour les lauréats des concours ; développement du numérique à l’Ecole ; enfin, réaffirmation du rôle de socialisation et de transmission des valeurs républicaines avec l’instauration d’un « enseignement moral et civique » de l’école primaire au baccalauréat appelé à remplacer l’éducation civique en collège ou l’ECJS en lycée.

Si la lecture des 89 articles qui modifient le code de l’éducation est plutôt roborative, l’étude de l’annexe (15 pages) est plus intéressante car elle précise la philosophie générale de la loi mais aussi les moyens dédiés et les chantiers à venir.


Ruptures plurielles.

La loi d’orientation marque une incontestable rupture avec la politique du gouvernement précédent. Rupture sur les moyens d’abord avec la création sur le quinquennat de l’équivalent de 54.000 postes ; rupture sur les priorités : le premier degré et l’école maternelle feront l’objet d’une vigilance particulière au lieu d’un plan de rationalisation (suppression des RASED, de classes, …) ; rupture sur les valeurs : la mixité sociale, la laïcité, la réduction des inégalités sociales et territoriales en matière d’éducation sont placées au cœur de la promesse républicaine ; rupture sur la formation : le recrutement à bac + 5 ne suffit pas à assurer la qualité des enseignements, la formation initiale est réhabilitée et l’entrée dans le métier doit être progressive ; rupture sur la pédagogie conçue comme un outil de transformation des pratiques et de l’Ecole ; rupture sur l’évaluation de l’Ecole avec la création d’un organisme indépendant chargé d’évaluer le système scolaire mais aussi la méthodologie et les résultats des évaluations internes ou externes (Inspections générales, OCDE, …).

Si la rupture caractérise la loi d’orientation, la continuité existe également : les objectifs de l’Ecole, faute d’avoir été atteints, sont toujours identiques : réduire le décrochage scolaire et garantir au minimum une certification de niveau V (CAP, BEP) à chaque élève quittant le système scolaire et atteindre rapidement les objectifs de 80 % d’une classe d’âge au niveau baccalauréat et 50 % au niveau licence. Même si ses résultats restent dans la moyenne des pays développés, l’Ecole française doit en effet retrouver une dynamique de progrès et démocratiser la réussite scolaire, trop liée aux origines socio-économiques des élèves. L’école française se caractérise par son manque d’équité.


Trois étapes

Pour y parvenir une stratégie a été définie : d’abord, reconstruire l’Ecole primaire et la formation des maîtres, la deuxième étape est toute tracée : rénover en profondeur la pédagogie (contenus, méthodes et évaluation) et réinventer le collège unique autour d’une liaison renforcée entre les écoles et les collèges et un objectif commun : l’apprentissage « d’un socle de connaissances, de compétences et de culture ». La dernière étape concerne l’orientation et le lycée : les parents et les élèves devront à terme pouvoir choisir le parcours scolaire, la fin du redoublement est programmée et l’orientation doit être repensée pour passer de « l’orientation subie à l’orientation choisie ». L’Ecole devra également offrir des parcours plus lisibles et mieux accompagner individuellement les élèves qui rencontrent des difficultés. L’élitisme du système scolaire et, en particulier de son lycée général qui ne délivre qu’un baccalauréat sur trois, est en ligne de mire même si, par pragmatisme, le ministère s’engage à prendre le temps d’évaluer la réforme du lycée intervenue en 2009 et 2010.


Deux oublis : la gouvernance et les métiers ?

Ni la gouvernance de l’Ecole ni les métiers de l’éducation ne sont l’objet de la loi. En fin politique le ministre n’a pas souhaité se fixer des objectifs difficiles à atteindre qui pourraient bloquer l’ensemble de la réforme de l’Ecole. Pourtant, chacun le sait, la mobilisation des équipes est essentielle, les façons de travailler et les missions des établissements scolaires et des professeurs ne sont pas adaptées aux enjeux ; la bonne volonté d’une minorité active, la formation initiale ou le développement des technologies numériques sont des leviers insuffisants pour insuffler un véritablement changement sur le terrain. Les professeurs doivent trouver un intérêt au changement ou être placés dans un cadre qui les pousse à modifier leurs pratiques professionnelles. En effet, dans de nombreux d’établissements scolaires, ce qui frappe c’est l’absence d’esprit d’équipe, le manque de créativité, le refus de réfléchir collectivement aux problématiques locales et de les réguler, la réflexion cède souvent la place à la contestation des indicateurs et des moyens alloués ou à la dénonciation du néolibéralisme ; à cette liste il faut encore ajouter le faible désir collectif de se former et de mutualiser les pratiques et les ressources. Les enseignants défendent jalousement la dimension individuelle de leur métier car ils ne voient pas ce qu’ils pourraient gagner à travailler autrement sinon un surcroît de travail et des contraintes supplémentaires.

Des pistes existent : elles concernent aussi bien l’évaluation des professeurs, la place du chef d’établissement dans le recrutement, la mobilité des enseignants, le rôle du conseil pédagogique, la reconnaissance des missions transversales des coordonnateurs ou pilotes de projets, la création de conseillers pédagogiques dans le second degré, le développement de l’autonomie pédagogique des établissement ou de l’auto-évaluation, etc.


Des leviers économiques et politiques

L’augmentation des moyens et la réaffirmation des grands objectifs du service public d’éducation ne garantissent pas le succès d’une politique mais elles ont l’immense avantage de redonner un peu de confiance et un signal positif aux acteurs de l’Ecole. C’est pourquoi après avoir recréé une utopie autour de la promesse républicaine, le ministre va désormais chercher à adapter le métier d’enseignant aux besoins des élèves et à valoriser les acteurs qui s’engagent et innovent. En effet, pour réussir une politique a besoin de relais, si les relais politiques sont désormais en place avec le renouvellement de la moitié des recteurs, il reste encore à organiser la mobilisation concrète des professeurs, et c’est là le véritable enjeu des négociations qui vont s’engager avec les organisations syndicales, elles concerneront - le ministre le détaille dans son ouvrage - les obligations de service, les déroulements de carrière, l’évaluation des personnels et les rémunérations. Alors que son prédécesseur entendait piloter le changement par la rationalisation des moyens (la fameuse RGPP) et une politique de gestion des ressources humaines inspirée de l’Entreprise, autant dire par une vision économique de l’Ecole ; Vincent Peillon, en se ressourçant dans l’histoire de l’Ecole Républicaine, cherche à actionner l’ensemble des leviers à sa disposition : les moyens budgétaires, la gestion des ressources humaines (GRH) et l’Utopie : « la promesse républicaine ».

Au final, la Refondation de l’Ecole ne doit pas être une pure adaptation au réel mais un projet capable de mobiliser l’ensemble des acteurs de la communauté éducative (élèves, parents et personnels) pour permettre de replacer l’Ecole au centre d’un projet de société plus global : « Refonder l’Ecole de la République et refonder la République par l’Ecole ».

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