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Professeurs-documentalistes: quelles représentations du métier en 2014 ?

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap-Education.fr sur 22 Octobre 2014, 10:00am

http://www.clg-saint-eloy.ac-clermont.fr/images/coin%20lecture.JPGLa fédération des enseignants documentalistes de l’éducation nationale, dont le sigle FADBEN rappelle qu’ils furent jadis documentalistes et bibliothécaires de l’éducation nationale, vient de publier une enquête -Quel service d’enseignement pour les professeurs documentalistes ? - qui permet de dresser un état des lieux significatif des conditions de travail, des représentations et des attentes des professionnels qui y ont répondu.

La lecture de cette enquête et de sa riche analyse nous conduit à formuler seulement quelques interrogations soulevées par certaines questions et certaines réponses, touchant à la place et au rôle du professeur-documentaliste et du CDI dans l’établissement scolaire.

Flux d'élèves

Une des questions posées est ainsi formulée : "êtes-vous décisionnaire dans la gestion des flux des élèves au CDI ?" On observe avec intérêt que la réponse souhaitable pour un établissement doté d’une politique pédagogique et éducative (la décision est partagée, en collaboration avec d’autres responsables) « ne concerne que 45 % des cas, et cette fois-ci plutôt en collège (49,4 %) qu'en lycée GT (33,3 %) ou en lycée professionnel (32,7 %). En lycée et en lycée professionnel, dans plus de 60% des réponses, le professeur documentaliste est seul décisionnaire.»

Cette dernière proportion ne serait-elle pas, malgré des apparences avantageuses, préoccupante ? Ne traduirait-elle pas l’absence d’une politique partagée d’accueil et d’encadrement des élèves, et un désintérêt du collectif à l’égard du CDI, isolat abandonné au bon vouloir du professeur –documentaliste ?

Fermeture du CDI

Une autre question porte sur « la difficulté à fermer l’accès au CDI pour des séances pédagogiques ». Ici, le libellé même de la question interroge : ne vaudrait-il pas mieux s’interroger sur la possibilité de maintenir l’accès des élèves au CDI pendant des séances pédagogiques ? Ce serait poser une question politique, pédagogique et éducative à la fois, à l’établissement, alors que la question posée renvoie le professeur-documentaliste à sa solitude. Notons que les répondants qui ne ferment pas le CDI pendant les séances pédagogiques sont minoritaires, tout particulièrement en collège : « Cette configuration (l’ouverture du CDI pendant les séances pédagogiques) est privilégiée en cité scolaire et en lycée (dans 26 à 37 % des cas), mais en revanche très rare en collège (2,9 %) où les élèves sont moins autonomes, et où le professeur documentaliste est le plus souvent seul en poste. ».

L’analyse de l’enquête souligne qu’« en collège comme en lycée, dans un peu plus de 8 % des cas (10 % en 2013), il apparaît qu'il n'existe pas d'autre lieu que le CDI pour accueillir les élèves pendant les temps de permanence ». Si les professeurs-documentalistes répondants sont 2,9 % à ne pas fermer le CDI  lors de séances pédagogiques en collège alors que dans 8% des établissements il n’y a pas d’autre lieu d’accueil pour les élèves, cela ne mériterait-il pas d’être interrogé, dans les établissements concernés, en terme de politique éducative ?

Instances d'établissement

La question suivante porte sur la participation aux instances de l’établissement. On peut saluer le fait que 10,1% des répondants participent aux réunions de l’équipe de direction, jouant donc pleinement leur rôle de conseiller en politique pédagogique et éducative (on était encore en 2013 sous la barre des 10%). Désormais, plus de 80% participent au conseil pédagogique : on peut s’étonner qu’on n’ait pas encore atteint les 100%. « Le CVL (conseil de la vie lycéenne) est investi par le professeur documentaliste dans 33,3 % des cas en lycée professionnel, 28,3 % en lycée GT et 11 % en cité scolaire ».

N’y aurait-il pas, là encore, de notables marges de progrès, quand on sait ce que le contact régulier avec les élus lycéens peut apporter au professeur-documentaliste en terme de connaissance de son public et de relais en direction des élèves et ce que le professeur-documentaliste peut apporter aux élus en matière de  recherche d’information, d'usage maîtrisé des réseaux sociaux et de communication ?

Apprentissages documentaires

Les questions portant sur les apprentissages info-documentaires recueillent des réponses qui témoignent de bien des écarts, notamment entre l’intenté et le réalisé. Ainsi, « 35,2 % des répondants (33,9 % dans le panel 2013) ont mis en place une progression pédagogique en information-documentation, davantage en collège (41 %) qu'en cité scolaire (34 %), lycée GT (26,1 %) ou lycée professionnel (21,4 %). » Soit. Mais on apprend également que « 46,6 % des répondants parviennent à conduire au moins une séance d'apprentissage info-documentaire par classe dans l'EPLE (contre 51,8 % dans le panel 2013), avec une proportion plus importante pour le lycée professionnel (54,1%) et le collège (49 %). »

Si, par déduction, 53,4% des répondants ne parviennent pas à conduire au moins une séance par classe, cela montre le chemin à parcourir pour la mise en place d’une progression pédagogique pour tous les élèves.

Ouverture du CDI

Dans le même esprit que la question sur la gestion des flux d’élèves au CDI, une autre demande fort prudemment : «  En cas de réduction de votre temps de présence, on pourrait proposer de faire ouvrir le CDI par un autre personnel. Y êtes- vous favorable ? ». 17% des répondants expriment un « non », et 4% le feraient « à contre cœur », alors qu’une très large majorité se prononce favorablement à l’ouverture par un personnel formé, notamment personnellement. Pour un répondant sur 5, donc, cette mesure ne va pas de soi.

Tout se passe comme si le CDI n’était pas le CDI de l’établissement, de ses élèves notamment, comme s’il  était d’abord « mon CDI », qui ne pourrait être ouvert qu’en "ma" présence. N’y aurait-il pas là aussi un élément intéressant de réflexion ? On aurait pu, dans l’analyse de l’enquête, examiner les éventuels recouvrements entre ces 20% de répondants hostiles à l’ouverture du CDI par un autre personnel et les 20% ne participant pas au conseil pédagogique.

A partir de ces quelques éléments d’une enquête infiniment plus riche, on voit se dessiner, à travers ce que les répondants expriment, la diversité des situations, des conditions de travail et des représentations du métier chez les professeurs-documentalistes eux-mêmes, comme, en creux, chez les autres personnels de l’établissement. Cette cohabitation de conceptions divergentes n’est nullement l’apanage des professeurs-documentalistes. Mais elle prend un relief particulier au moment où l’enseignement des médias et de l’information devient une priorité pédagogique et éducative.

L'enquête de la FABDEN - document en PDF

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