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Orientation en fin de collège: quand la cour des comptes fait de la pédagogie

Publié par Jean-Marc Robin - Cap Education sur 22 Décembre 2012, 12:51pm

A la demande de l'Assembléée Nationale, la cour des comptes s’est penchée sur l’orientation à l’issue de la classe de 3 ème dans trois académies: Lille, Rennes et Toulouse. Après avoir constaté l’existence de fortes inégalités entre les élèves selon leur milieu social ou selon les territoires, l’Institution fait 14 recommandations. Pour la journaliste du Monde Maryline Baumard, la plus ambitieuse consiste à confier la décision finale d’orientation aux familles. Si elle était suivie cette recommandation aurait le mérite d’officialiser une pratique largement répandue : les chefs d’établissement et les commissions d’appel oeuvrent depuis longtemps à réduire l’écart entre les demandes des familles et les propositions des conseils de classe. Ainsi, on mettrait fin à une forme d’hypocrisie et aux inégalités résiduelles : les familles n’ont pas, en effet, les mêmes capacités à argumenter et à défendre le projet d’orientation pour leur enfant.

Gaspillages

On s’en doutera, la préoccupation essentielle des magistrats de la cour compte n’est pas véritablement la défense du droit des usagers face à une administration « toute puissante », ils soulignent plutôt le gaspillage de ressources financières et la faible efficacité du système éducatif: de nombreux lycées professionnels sont en sous-effectifs et la France a bien du mal à atteindre les objectifs fixés par le traité de Lisbonne. Ainsi, 122.000 élèves sortent du système scolaire sans diplôme ou avec le seul brevet des collèges (soit 17 % d’une classe d’âge), seulement 71 % des élèves obtiennent le baccalauréat (36,3 % pour la voie générale) et 42 % des étudiants sont diplômés de l’enseignement supérieur, à condition de compter parmi eux les titulaires d’un bac + 2 (DUT ou BTS).

La cour des comptes suggère un pilotage volontariste par objectifs pour réduire les flux vers les lycées professionnels et augmenter le nombre d’élèves inscrits dans la filière générale, condition sine qua non pour élargir le vivier d’étudiants susceptibles de décrocher une licence. Elle suggère encore de multiplier les passerelles entre les trois lycées (général, technologique et professionnel), de mieux former les professeurs à l'orientation et de supprimer, après une évaluation rigoureuse, tous les dispositifs au collège qui alimentent un processus de pré-orientation. Enfin, la cour des comptes propose de développer les enseignements modulaires pour faciliter les réorientations, de prendre en charge les difficultés scolaires dans la classe et « d’accorder aux établissements scolaires la faculté de moduler la mise en œuvre des programmes et des temps d’enseignement en fonction des besoins des élèves dont ils ont la charge » (recommandation n°9). 

Communauté d'idées

L’ensemble des propositions est cohérent et s’inscrit dans une communauté d’idées partagées par…..les experts. Pour leur part, la majorité des organisations syndicales considère que « l’autonomie pédagogique des établissements » n’est ni plus ni moins que le cheval de Troie du libéralisme, du modèle de l’entreprise et de la marchandisation de l’Ecole ! Si la cour des comptes a posé plusieurs constats peu contestables, elle s’est toutefois arrêtée au milieu du gué. En effet, qu’est-ce qui justifie, aujourd’hui, l’existence de trois lycées dans l’enseignement secondaire ? Comment développera-t-on une véritable pédagogie différenciée avec des classes à 30 élèves en collège ou à 35 en lycée ? Comment concrètement mettra-t-on en place l’autonomie pédagogique alors qu’il existe, bien souvent, un véritable mur de Berlin entre les professeurs et les directions dans les établissements scolaires ?

Avant de parler de « pédagogie » il faut d’abord créer les conditions pour que les acteurs travaillent ensemble (et pas à la sauvette lors des journées de pré-rentrée) et reconnaître l’investissement des professeurs qui innovent et s’investissent dans leur établissement. Autrement dit, il faut avoir réglé la question de savoir comment reconnaître le travail des uns sans créer des inégalités qui viendront défaire les solidarités professionnelles. Les propositions de la cour des comptes alimenteront peut-être les discussions que Vincent Peillon veut engager autour du métier d’enseignant dès 2013. 

L'article de Maryline Baumard (Le Monde.fr)

Le rapport de la cour des comptes est accessible en ligne.

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