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Lutter contre le décrochage scolaire

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap-Education.fr sur 1 Juillet 2014, 09:29am

http://img1.sm360.ca/ir/w395h256/images/mobilys//ecolesaintjoseph/news/296/intimidation1354817002644.jpgLe rapport sur la lutte contre le décrochage scolaire remis en mai dernier et préfacé par Jean-Paul Delahaye, alors directeur général de l’enseignement scolaire, propose plusieurs orientations structurantes à partir d’un diagnostic qui implique de repenser l’organisation actuelle de cette lutte. Nous en retiendrons une, essentielle à nos yeux, ainsi formulée dans le rapport : « La politique de prévention doit s’appuyer sur la mise en œuvre plus systématique d’alliances éducatives au sein de l’école et de la classe, en faisant collaborer des équipes éducatives et pédagogiques. Elle doit également accorder une place plus importante aux parents, en les impliquant davantage dans le projet pédagogique et éducatif de l’élève

Ecole bienveillante et accueillante

On retrouve là une de nos préoccupations. Il s’agit une nouvelle fois de réduire la fracture entre enseignement et éducation, et la fracture entre les parents et ceux dont leurs enfants sont les élèves. La lutte contre le décrochage commence non pas quand le décrochage est constaté, mais bien en amont, au sein des classes, dès le début de la scolarité. Selon que l’école sera hospitalière ou non, soucieuse de valoriser les réussites ou plutôt de comptabiliser les fautes et les erreurs, ouverte et transparente aux parents ou les tenant à distance respectueuse, usant à leur égard d’avantage de la convocation que de l’invitation, le parcours de formation de l’enfant sera plutôt susceptible de nourrir un sentiment d’adhésion et d’appartenance ou une forme de méfiance et de désaffiliation.

Nous voudrions, pour illustrer ce propos général, nous appuyer sur les travaux universitaires effectués dans le cadre de son master par Jonathan Dallaporta (Montpellier III). Que disent les collégiens qu’il a interrogés par sondage sur les locaux scolaires, le temps scolaire, et les relations entre élèves ? Le local qui recueille le moins d’avis positifs est la salle de permanence, suivie par le restaurant scolaire. Le temps qui recueille le moins d’avis positifs est l’heure de permanence.  L’espace-temps où les relations entre élèves sont les moins bonnes est la classe. Que disent les élèves de seconde interrogés sur leur sentiment d’appartenance au lycée ? Parmi les résultats a priori paradoxaux de cette enquête, on relève que les élèves engagés dans la vie de l’établissement ont un sentiment d’appartenance moins fort que ceux qui ne le sont pas.

Ces quelques résultats sont à nos yeux révélateurs des efforts qui doivent être faits dans plusieurs directions.

Repenser le temps et l’espace scolaires.

Le rapport évoque cette question nettement : « Le temps scolaire: une contribution possible à la prévention du décrochage ? Le temps scolaire est une des composantes de l’organisation et du climat scolaire dont la bonne qualité influe positivement sur la persévérance scolaire et la réussite de chacun. L’organisation des temps de pause et de récréation peut avoir un impact sur les apprentissages. Le fait d’intégrer les devoirs dans le temps scolaire plutôt qu’à la maison, avec l’existence de salles d’étude, un travail en groupe d’élèves et une entraide entre pairs pourraient contribuer à la lutte contre le décrochage.» Les initiatives dans ce domaine existent : on peut par exemple transformer les trous d’emplois du temps passés au purgatoire de la permanence en heures d’ateliers animées par l’équipe pédagogique et éducative (professeur-documentaliste, conseiller principal d’éducation, assistants d’éducation…). On peut aussi s’engager dans l’expérimentation d’un centre de connaissances et de culture qui intègre dans un même lieu des espaces différenciés d’accueil, d’étude, de travail sous diverses formes individuelles et collectives, de recherche, d’échange.

Mais aujourd’hui on compte encore des collèges où, par exemple, la pause méridienne est réduite à une heure, et où il n’y a pas d’espace pour un foyer des élèves permettant de se détendre ou de pratiquer une activité de société, ni de véritable salle d’étude propice au travail. Il y a une « permanence », que l’assistant d’éducation, considéré toujours comme un pion,  a pour mission de « tenir ».

Quant à la classe, faut-il rappeler l’article L11-1 du code de l’éducation ? « Par son organisation et ses méthodes, comme par la formation des maîtres qui y enseignent, il (le système éducatif) favorise la coopération entre les élèves ». Il semble qu’en classe, les collégiens questionnés ne le perçoivent pas clairement…

Responsabiliser les délégués et les élus lycéens.

Le rapport évoque également cette question : « Le nombre très important d’acteurs concernés par la politique de lutte contre le décrochage scolaire rend nécessaire, dans un souci d’efficacité, l’implication de ces derniers dans la construction mais aussi le pilotage de la politique. Or plusieurs acteurs incontournables sont actuellement absents du dispositif de pilotage. Tout d’abord les élèves et leurs familles. Ils sont pourtant les premiers concernés et ils pourraient être représentés par des structures telles que les CAVL / CVL et les fédérations de parents d’élèves. L’implication des parents dans l’Ecole dépasse le sujet du décrochage, mais a des conséquences très concrètes sur le décrochage. » Les résultats de l’enquête menée par Jonathan Dallaporta auprès des élèves engagés dans la vie de leur lycée, qui affichent un sentiment d’appartenance inférieur à celui de autres pourrait inciter à hasarder l’hypothèse suivante. Ne serait-ce pas pour eux, engagés dans la vie de l’établissement, la traduction du fait qu’ils n’ont pas le sentiment d’être suffisamment consultés, entendus, responsabilisés ?

On le voit, réduire le décrochage, ce pourrait être créer des conditions favorables au sein du cours, dans la classe et dans tous les espaces de l’établissement ; associer vraiment les élèves à la vie de leur établissement, les consulter et tenir compte de leurs avis, leur expliquer ce qu’il est possible de faire et ce qui ne l’est pas.

De la juxtaposition des temps, des espaces et des fonctions à leur intégration, de la mise à l’écart des élèves et des parents à leur intégration à la vie de l’établissement : et si l’alliance éducative c’était cela, la refondation ?

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