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Refondation de l'Ecole: quelles inflexions de la loi ?

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap Education sur 7 Août 2013, 15:42pm

http://4.bp.blogspot.com/--mGCLt6xBgM/UQVgDGMaG7I/AAAAAAAAAeE/nmZQKdV3ScQ/s1600/A-la-Une-Refond.jpgLe 5 juin 2013, l’Assemblée nationale a adopté en deuxième lecture le projet de loi de refondation de l’école de la République. On observe avec intérêt les modifications apportées par l’Assemblée au texte du projet initial, à propos des principes de l’éducation.

« 1° Le premier alinéa est ainsi modifié :

a) La dernière phrase est complétée par les mots : « et à lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative » ;

b) Sont ajoutées cinq phrases ainsi rédigées :

« Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser. Il veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction. Il veille également à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d’enseignement. Pour garantir la réussite de tous, l’école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s’enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative. » ;

2° Le deuxième alinéa est complété par deux phrases ainsi rédigées :

« Le service public de l’éducation fait acquérir à tous les élèves le respect de l’égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité. Par son organisation et ses méthodes, comme par la formation des maîtres qui y enseignent, il favorise la coopération entre les élèves. » 

Ces ajouts sont significatifs.
Le premier, qui touche à la réussite scolaire et éducative, est dans le droit fil d’une préoccupation gouvernementale marquée par la nomination d’une ministre déléguée à la réussite éducative. Parler de réussite éducative, en la distinguant de la réussite scolaire, c’est dire que cette dernière n’est qu’une dimension d’un processus d’éducation qui engage, aux côtés de l’école, les parents, les mouvements d’éducation populaire complémentaires de l’école, les collectivités territoriales parties prenantes dans les projets éducatifs territoriaux.

Le second conforte plusieurs principes fondamentaux. Dans la première phrase, c’est le principe d’éducabilité qui est confirmé. Dans la deuxième, c’est celui de l’inclusion de tous sans aucune distinction. La troisième fait de la mixité sociale au sein des établissements scolaires une question de principe. La quatrième inscrit l’objectif de la participation de tous les parents, quelle que soit leur origine sociale, à l’action de l’école. La cinquième insiste sur la coopération nécessaire entre tous les acteurs de l’éducation.

Le troisième rappelle les valeurs que les élèves doivent acquérir, et la manière dont ils doivent les acquérir : en coopérant.

De ces éléments, nous retiendrons trois axes essentiels.

1/ Le principe de l’inclusion sans aucune distinction s’oppose au fonctionnement souterrain de notre école, qui repose, sous couvert d’élitisme républicain, sur le principe de distillation des meilleurs par l’élimination progressive des moins bons.

2/ Le principe de mixité sociale des établissements s’oppose aux pratiques établies de contournement de la carte scolaire pour se retrouver dans l’entre soi choisi des milieux culturellement favorisés, en créant un entre soi de relégation pour les enfants des « autres ».

3/ L’objectif de favoriser la coopération entre les élèves s’inscrit lui aussi en opposition au principe de compétition cultivé dans certaines classes, dans une logique de distillation. L’essor des pratiques liées aux médiums numériques, auxquels la loi de refondation accorde une attention marquée, peut favoriser la mise en œuvre de ce principe.

On pourrait noter aussi combien la place reconnue aux parents dans la nouvelle loi heurte une conception prétendument républicaine de l'école où s'acquiert, à l'abri des familles, la citoyenneté républicaine. On le voit, l’Assemblée nationale, en seconde lecture, a inscrit dans le texte du projet de loi des principes d’éducation qui mettent en cause des constantes non écrites de notre modèle politique d’éducation. Ces constantes culturelles et sociales risquent de résister au changement. Reste donc à savoir si ces principes entreront dans la réalité : cela dépendra de l’engagement de chacun, au sein de l'école comme parmi tous ceux qui oeuvrent à la réussite éducative.

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