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Revue numérique des professionnels de l'éducation


Les réseaux sociaux et l'Ecole

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap-Education.fr sur 19 Décembre 2013, 01:00am

http://blog.timesunion.com/kristi/files/2013/11/facebook.pngRISQUES ET OBJECTIONS

La récente publication au Bulletin officiel de l’éducation nationale de la circulaire n° 2013-187 du 26-11-2013 intitulée "Prévention et traitement de la cyber-violence entre élèves" donne l’occasion de revenir sur les questions que se posent dans les collèges, lycées et lycées professionnels, les directions, les enseignants, notamment les professeurs-documentalistes, et les conseillers principaux d’éducation. Le premier paragraphe de la circulaire pose clairement la complexité de la situation: « Si les médias numériques, et en particulier les médias sociaux, offrent de nombreuses opportunités d'expression, de collaboration, d'accès à la culture et à la connaissance, ils présentent aussi des risques qu'on ne peut sous-estimer. Par des usages inappropriés, ils peuvent en effet favoriser, accroître ou induire des situations de violence en les prolongeant et en les démultipliant via Internet.». Penser qu’il conviendrait à l’école d’ignorer les réseaux sociaux en proscrivant leur usage serait « se priver de nombreuses opportunités » pédagogiques et éducatives. On connaît les objections à ce point de vue. L’école a rempli sa mission pendant des siècles sans les réseaux sociaux. Faut-il considérer, parce que leur utilisation est désormais possible, banale dans la vie courante de tout un chacun, qu’elle devient un devoir pour l’institution scolaire ? On retrouve ici la réflexion développée par Roberto Casati, selon qui l’introduction du numérique à l’école, espace protégé dans lequel le zapping est exclu, doit se faire prudemment. Ou celle de Philippe Meirieu insistant sur la nécessité, pour l’école, d’être un espace de décélération. Ou encore celle du médiologue Régis Debray analysant dès 1991 la nécessaire position décalée de l’école dans une médiasphère désormais numérique.

Ces objections ne se balaient pas d’un revers de la main. Et ce, d’autant plus qu’appelant à la prudence, elles n’appellent pas toutes à l’exclusion des réseaux sociaux de l’école. Quelle peut donc être leur place ? Si l’on se réfère au référentiel rénové en décembre 2011 du brevet informatique et Internet (B2i) dont l’acquisition est prévue pour tous les collégiens, on note par exemple que l’élève « fait preuve d’esprit critique quant aux raisons de sa présence sur un réseau social et à l’usage qu’il en fait. Quand il s’exprime sur Internet, l’élève identifie le public auquel il s’adresse et utilise le niveau de langue approprié. Il comprend dans quel type de sphère il situe sa communication (notamment publique ou privée, professionnelle ou personnelle). Lorsqu’il utilise le marquage social et/ou la géolocalisation, il réfléchit aux conséquences pour lui et pour les autres. » On voit mal comment, au collège, et a fortiori au lycée ou au lycée professionnel, on pourrait pratiquer une formation à l’usage responsable des réseaux sociaux tout en les proscrivant dans l’établissement scolaire. D’autre part, on peut constater que l’utilisation pédagogique des réseaux sociaux est porteuse de créativité et de culture pour les élèves qui en bénéficient. Enfin, il convient de se poser la question de la place de l’école sur les réseaux sociaux. Doit-on l’éviter au motif que cette présence renforcerait sa désinstitutionalisation, la désacraliserait ?

EDUQUER AUX MEDIAS

On connaît à ce sujet le point de vue éloquemment défendu, notamment, par Régis Debray. Là encore, les professionnels eux-mêmes témoignent de l’intérêt qu’ils perçoivent dans la présence active de leur établissement, de son centre de documentation et d’information, de son conseil de la vie lycéenne sur les réseaux sociaux. « Nous avons intégré une application qui permet de faire une recherche dans le fonds documentaire du CDI tout en restant dans la page Facebook. Avec cette page publique (du CDI), nous pouvons, sans être amis avec les élèves, les informer sur leur terrain de prédilection ».Tout naturellement, la circulaire du 26 novembre contre le cyber-harcèlement indique: « Ces actions de sensibilisation trouveront leur prolongement dans la classe avec l'éducation aux médias et à l'usage responsable d'Internet. » Il ne s’agit pas, en effet, de « numériser l’école », comme on l’entend et le lit parfois, mais de faire acquérir aux élèves la culture médiatique numérique dont ils ont besoin pour participer pleinement à la société du 21e siècle.

En éduquant aux médias et à l’information, l’école ne cherche pas à faire admirer une technologie, mais à promouvoir auprès de chacun une lecture critique, distanciée de l’information, une maîtrise des langages, formes et rhétoriques médiatiques, afin que chacun dispose des moyens de s’exprimer librement, de produire de l’information, et de se prononcer de manière critique sur les informations qu’il reçoit. C’est tout le sens du travail conduit par le CLEMI depuis trente ans. Le référentiel des compétences des métiers du professorat et de l’éducation inscrit ainsi, parmi les compétences communes à tous les professeurs et personnels d’éducation, la faculté d’ « intégrer les éléments de la culture numérique nécessaires à l'exercice de son métier - Tirer le meilleur parti des outils, des ressources et des usages numériques, en particulier pour permettre l'individualisation des apprentissages et développer les apprentissages collaboratifs. - Aider les élèves à s'approprier les outils et les usages numériques de manière critique et créative. - Participer à l'éducation des élèves à un usage responsable d'internet. - Utiliser efficacement les technologies pour échanger et se former. » L’école d’aujourd’hui, en donnant leur place aux réseaux sociaux et en y prenant sa place, reste pleinement fidèle à l’objectif fixé à l’école républicaine par Condorcet : « Le but de l’instruction n’est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capable de l’apprécier et de la corriger» [1].

[1] Condorcet, Nicolas de Caritat, Cinq mémoires sur l’instruction publique, 1791

 

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