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Les profs de prépa sont-ils trop payés ?

Publié par Jean-Marc ROBIN - Cap-Education.fr sur 7 Décembre 2013, 22:00pm

http://www.geditech.com/images/cession-sur-salaire.pngTrop payés... par rapport à qui ?

Si on compare les salaires des professeurs de classes préparatoires avec ceux de leurs collègues du secondaire ou avec les traitements des maîtres de conférence, les enseignants de prépa sont clairement trop payés. Même s’ils travaillent beaucoup, personne ne peut croire sérieusement que le professeur de chaire supérieure fait chaque semaine deux fois plus d’heures que son collègue de lycée, et rien non plus ne justifie qu’ils soient mieux payés que des enseignants du supérieur, souvent plus diplômés qu’eux. On peut même s’étonner que beaucoup puissent gagner plus qu’un chef d’établissement, y compris d’un gros lycée ! Les profs de prépa sont donc en moyenne « trop payés » par rapport à leurs collègues ou aux personnels de direction mais le sont-ils par rapport à des cadres du privé ou du public ? Et c’est là que la discussion prend tout son sel car leurs salaires confortables sont comparables à ceux de nombreux cadres payés sur 13, 14 ou 15 mois et qui peuvent bénéficier d’avantages en nature non négligeables. En vérité les professeurs de prépa sont en fait les seuls enseignants dans ce pays à être payés correctement ! Ce n’est donc pas sur les traitements des profs de prépa qu’il faut s’interroger – même si un peu de transparence serait la bienvenue – mais c’est sur la paupérisation des professionnels de l’éducation.

Main gauche de l'Etat

Et là la sociologie est cruelle. Pierre Bourdieu avait clairement expliqué que quand on travaille pour « la main gauche » de l’Etat (éducation, social, santé…), c’est à dire pour la « main maternelle » il ne faut pas s’attendre à beaucoup de reconnaissance, c’est moins le cas pour « la main droite », « la main paternelle », celle des impôts, de la police ou de la justice où, à qualification identique, les salaires et les primes sont plus élevés. Aujourd’hui, on paie un gardien de la paix promu brigadier comme un professeur certifié et cela ne choque personne ! Mais les choses ne sont pas si simples car les salaires ne reflètent pas seulement l’univers symbolique et la vision androcentrique du monde mais aussi, et sans doute surtout, des rapports de forces. Disons-le tout net: les organisations syndicales ont une responsabilité majeure en ayant fait des créations de postes leur principale revendication, aujourd’hui les professeurs paient la facture, ils ont accepté collectivement d’être rémunérés en temps libre par rapport à des professions de même niveau de qualification dans le secteur privé ou public.

Homo oeconomicus et homo faber

Les professeurs ne pourront pas être mieux payés sans travailler davantage, la massification de l’enseignement et la situation budgétaire ne le permettent pas et c’est même l’intérêt des élèves qu’ils acceptent de discuter de leurs obligations de service (1). De plus, la paupérisation des enseignants et la faiblesse des salaires représentent aujourd’hui un véritable danger car elle détourne du métier les meilleurs étudiants (en mathématiques ou sciences notamment) et elles engendrent un sous-investissement contre-productif au regard des besoins de l’Ecole. Vincent Peillon a tort, les enseignants sont aussi des homo oeconomicus attachés à la reconnaissance financière.

Le ministre surestime chez les enseignants la part de l’homo faber : exercer un métier qu’on aime et dans lequel on peut s’accomplir ne suffit pas, « la lutte pour la reconnaissance » passe par les salaires. Dans une économie de marché, la rémunération exprime aussi la valeur sociale accordée à chaque fonction. En défendant leurs salaires les profs de prépa défendent aussi l’idée qu’un prof peut (ou doit) être bien payé, on ne vas pas les blâmer ! (*)

(*) Personne ne conteste ici l'urgence de reconnaître l'investissement des professeurs en zone d'éducation prioritaire

(1) Voir l'article "rémunération, annualisation et engagement des enseignants"

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