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Les missions des conseillers principaux d'éducation: au milieu du gué ?

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap-Education.fr sur 27 Janvier 2014, 19:20pm

Document de travail

Le document sur les missions des CPE soumise par le ministère le 13 janvier 2014 aux membres du groupe de travail mérite qu’on s’y arrête pour faire le point sur un champ où l’écart entre des textes officiels écrits il y a plus de trente ans et la réalité actuelle de l’exercice du métier est manifeste. On est frappé à sa lecture, par une volonté nette de situer l’action des conseillers principaux d’éducation dans le cadre d’une démarche collective, reposant sur la coopération avec d’autres personnels.

« Les CPE participent à l’élaboration

Les CPE apportent une contribution …

Les CPE apportent, avec les enseignants, un appui…

Avec l’équipe pédagogique, ils contribuent…

Dans le cadre de la vie éducative, les CPE travaillent avec les personnels sociaux et de santé et les conseillers d’orientation psychologues…

En lien avec les personnels enseignants et d’orientation, ils aident…

En direction des familles les plus éloignées de l’école, ils contribuent …

Ils travaillent avec le(s) professeur(s) documentaliste(s) …

Les CPE travaillent en collaboration avec l’adjoint gestionnaire de l’établissement …

Ils contribuent à l’élaboration du diagnostic de sécurité ; ils participent à la lutte contre toutes formes de discrimination, d’incivilité, de violence et de harcèlement. Ils participent à l’élaboration du règlement intérieur ... Ils conseillent le chef d’établissement dans l’appréciation des sanctions disciplinaires. »

Cela correspond en effet avec la perception que les CPE ont de leur propre travail dans les établissements scolaires : travailler avec les familles, les élèves, les enseignants, les personnels sociaux, de santé… On est ici particulièrement sensible à ce qui est dit concernant la coopération avec les professeurs-documentalistes « pour mettre à la disposition des élèves les espaces et les ressources nécessaires aux études » et sur le rôle de conseil auprès du chef d’établissement évoqué à deux reprises: « pour organiser les partenariats avec les autres services de l’Etat, les collectivités territoriales, les associations complémentaires de l’école, les acteurs socio-économiques, notamment dans le cadre du projet d’établissement et des actions découlant du diagnostic de sécurité» et pour« l’appréciation des sanctions disciplinaires ». On salue également la mention de la collaboration avec l’adjoint gestionnaire de l’établissement jusqu’ici jamais évoquée, alors qu’elle est essentielle au bon fonctionnement de l’établissement.

Une présence dans différentes instances

Ce texte confirme bien, par conséquent, la place légitime du CPE dans les instances pédagogiques et éducatives de l’établissement : conseil pédagogique, conseil de classe, comité d’éducation à la citoyenneté. Il met en lumière sa contribution à la formation civique des élèves. Il souligne, et c’est nouveau, l’importance de l’information et de la communication, adossée à une bonne maîtrise des outils numériques de communication : « Les CPE coordonnent l’ensemble des informations en provenance de la communauté éducative de manière à améliorer le suivi des élèves (exclusion, absentéisme, problèmes familiaux, situation de précarité, isolement, déscolarisation). Ils doivent à ce titre maîtriser efficacement les circuits d’information et faire usage des outils et ressources numériques à leur disposition. » 

On pourra être attentif également à quelques inflexions apportées par ce document. On y lit que « Pour exercer leurs missions et mettre en œuvre la politique éducative de l’établissement, les CPE s’appuient sur une équipe dont les membres peuvent relever de catégories diverses (assistants d’éducation, assistants de prévention et de sécurité, auxiliaires de vie scolaire, personnels bénéficiant de contrat unique d’insertion...) ». Chacun se souvient de la manière dont les assistants de prévention et de sécurité ont été créés, recrutés et présentés à la rentrée 2012.

Travail en équipe

Leur positionnement a été ainsi formulé : « Les APS exercent leurs missions sous l'autorité du chef d'établissement, garant de la sécurité des personnes et des biens. Ils s'intègrent dans l'action d'une équipe pluridisciplinaire de prévention rassemblant les compétences de différents personnels (conseillers principaux d'éducation, personnels sociaux et de santé, conseillers d'orientation-psychologues, etc.) et participent, à ce titre, à l'amélioration du climat scolaire. Leur action ne se substitue pas à la mission de surveillance dévolue aux assistants d'éducation.
Les APS peuvent, selon les situations, être les interlocuteurs des partenaires extérieurs et, en cas d'incident grave, contribuer à organiser le lien avec les équipes mobiles de sécurité. » Tout laissait à penser en 2012 que ces personnels nouveaux intégraient une équipe comprenant les CPE mais n’étaient pas positionnés comme personnels appuyant les missions des CPE. On ne doute pas qu’il y ait ici une volonté de clarification qui, sans le dire, rectifie en 2014 le tir de 2012, à la grande satisfaction de CPE que le positionnement initial des APS aurait pu froisser.

On est d’autre part sensible, à cette lecture, au fait que les assistants d’éducation, qui constituent l’essentiel des personnels placés sous l’autorité des CPE ne sont mentionnés qu’une fois, dans l’énumération qui présente la diversité des personnels composant l’équipe, et qu’aucune référence à l’assistance éducative ne figure dans le texte. Celui-ci, en revanche, évoque une « équipe de surveillance » supervisée par le CPE, comme si, encore et toujours, l’héritage du surveillant général et des « pions » placés sous leur autorité était plus fort que l’ambition affichée lors de la création des assistants d’éducation, en remplacement des surveillants d’externat et maîtres d’internat en 2003 :

« Les assistants d'éducation accomplissent, en application de l'article L. 916-1 et du premier alinéa de l'article L. 916-2 du code de l'éducation susvisé, dans les établissements d'enseignement et les écoles, sous la direction des autorités chargées de l'organisation du service, les fonctions suivantes :

1° Encadrement et surveillance des élèves dans les établissements ou les écoles, y compris le service d'internat, et, en dehors de ceux-ci, dans le cadre d'activités nécessitant un accompagnement des élèves ;

2° Appui aux personnels enseignants pour le soutien et l'accompagnement pédagogiques ;

3° Aide à l'accueil et à l'intégration des élèves handicapés et accompagnement des étudiants handicapés ;

4° Aide à l'utilisation des nouvelles technologies ;

5° Participation à toute activité éducative, sportive, sociale ou culturelle. »

Politique éducative ?

N’y aurait-il pas de cette énumération de fonctions d’accompagnement, des fils à tirer pour inscrire désormais dans les missions des CPE leur rôle de garant de la qualité de l’assistance éducative: favoriser la contribution des assistants d’éducation à la réussite des élèves, en les impliquant dans l’accompagnement éducatif, le soutien et l’accompagnement pédagogique, notamment en salles d’études et au centre de documentation et d’information, et dans les activités éducatives, sportives, sociales ou culturelles ?

Enfin, on pourra regretter que l’avancée notable de la notion de « politique éducative », bien présente dans ce document de travail, se trouve en quelque sorte réduite dans sa mise en œuvre au « volet éducatif du projet d’établissement » : « Les CPE participent à l’élaboration de la politique éducative de l’établissement. Ils assurent la mise en œuvre et le suivi du volet éducatif du projet d’établissement. » On connaît trop la propension à concevoir le projet d’établissement comme une collection de volets (artistique, culturel, civique, numérique, documentaire,  d’orientation, de santé, etc.) pour ne pas redouter qu’à chaque volet ne soit associé le nom d’un responsable, porteur et  garant du volet, ce qui permet aux autres personnels de ne pas s’en occuper, puisque c’est l’affaire de telle ou tel. En n’évoquant jamais la politique pédagogique et éducative de l’établissement comme insécable, l’éducation se faisant aussi dans les enseignements et la pédagogie se pratiquant aussi hors de la salle de cours, ce document paraît s’inscrive encore et toujours dans le bon vieux dualisme du second degré français où les professeurs professent et les CPE et surveillants surveillent, et éduquent.

Comment ne pas relever, par  exemple, à l’appui de cette lecture, que, dans ce document de travail, figure une phrase comme : « Les CPE (…) forment les délégués de classe, afin que ces derniers soient en mesure d’assurer leurs fonctions au sein des différentes instances (conseil de classe, conseil de discipline, commission permanente, conseil de la vie collégienne, conseil des délégués pour la vie lycéenne (CVL), conseil d’administration, groupes de travail divers)». Ne serait-il pas plus conforme à une véritable politique éducative d’établissement que les CPE organisent la formation des délégués de classe, en s’appuyant sur une équipe pluridisciplinaire ? On le voit, le document de travail se situe à mi-chemin entre l’ancien et le nouveau. On aurait pu attendre une ambition plus prononcée dans le cadre de la refondation de l’école, qui ne prendra sens qu’en dépassant résolument les juxtapositions et les domaines réservés, issus du passé.

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