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Le socle commun: un levier puissant pour refonder le collège unique

Publié par Jean-Marc ROBIN - Cap-Education.fr sur 24 Mai 2014, 15:05pm

http://www.clg-bellevue-crosne.ac-versailles.fr/IMG/jpg/socle-commun.jpgLe projet de nouveau socle commun a été révélé par le Monde, il s’articulerait autour de « cinq piliers » : (1) "Les langages fondamentaux", (2) "Apprendre à apprendre", (3) "Former la personne et le citoyen", (4) "L’homme et le monde : les sciences et les techniques" et (5) "L’activité humaine dans un monde en évolution". Chacun appréciera les changements et les contenus. Au delà du nouveau cadre qu’il crée, il faut clarifier plusieurs points :

-Si le socle s'accompagne d'une obligation de résultats alors il faut organiser la scolarité des élèves pour identifier rapidement celles et ceux qui auront du mal à le valider pour pouvoir les aider.

-Le brevet des collèges doit-il disparaître au profit du contrôle continu ?

-Quels changements dans les pratiques professionnelles et dans la gestion des ressources humaines doit introduire le socle ?

Evaluation et brevet des collèges

Le socle commun ne sera pas pris au sérieux s’il n’entraîne pas une transformation profonde de la façon de travailler avec les élèves et de les évaluer. Aujourd’hui, il crée davantage de lourdeur pour les enseignants et reste peu connu des parents qui en entendent surtout parler en classe de troisième. Pour créer « un collège du socle », il faut introduire des changements radicaux, le premier c’est de supprimer la notation pour que le livret de connaissances, de compétences et culture devienne la référence de tous. Le second changement – puisque l’objectif est de construire une école inclusive attentive à chacun – c’est de mettre fin définitivement aux redoublements et de prévoir tout au long de la scolarité des élèves des outils efficaces de remédiation : travail en petits groupes, tutorat, pédagogie différenciée, développement des usages du numérique, etc.

Reste une question : faut-il faire disparaître les épreuves du brevet au profit du contrôle continu ? En bonne logique la réponse est "oui" mais cela signifie que l’Institution se prive d’un instrument pour mesurer l’efficacité des établissements scolaires sur la base de trois épreuves finales anonymes et identiques (français, mathématiques et histoire-géographie). Mais le pari de la confiance doit être fait: parce qu’ils souhaitent bien préparer leurs élèves à la poursuite d’études en lycée, les professeurs de collège n’ont aucun intérêt à réduire leurs exigences. Les corps d’inspection sont aussi les garants de l’unité du service public d’éducation.

Nouvelle classe de troisième

En mettant en place un contrôle continu et en faisant disparaître les épreuves du brevet, les équipes ont la possibilité de valider le socle avant la fin de l'année. L’idéal serait d’évaluer les acquisitions dès le mois de décembre de la classe de troisième et de laisser ainsi deux trimestres aux établissements pour organiser une aide plus individualisée en direction des élèves en difficulté. Aujourd’hui, les outils numériques permettent d’organiser des regroupements d’élèves et de reconstuire en milieu d’année les emplois du temps. Parallèlement, on pourrait proposer aux élèves qui ont validé le socle, c’est à dire la grande majorité, des activités d’approfondissement dans le cadre de travail de groupe ou de travaux individuels qu’ils présenteraient en fin d’année devant un jury d’enseignants pour «décrocher » une mention. Nous proposons de substituer aux mentions « Assez-bien », « Bien » ou « Très-Bien » d’autres mentions : « Sciences et Techniques », « Lettres et Arts », « Sciences humaines », « Culture numérique » ; etc. Le brevet des collèges serait attribué à tous les élèves qui ont validé le socle avec, éventuellement, une mention. Cette organisation aurait l’avantage de se donner comme priorité la réussite de tous - la classe de troisième étant organisée autour des besoins des élèves en difficulté - et de cultiver les goûts des élèves et de reconnaître des aptitudes ou des capacités spécifiques par l’attribution d’une mention complémentaire.

Aujourd’hui, le développement des outils et des usages du numérique permet d’envisager de mettre en place d’autres façons de travailler, en classe de troisième le travail en présentiel avec les enseignants peut très bien être couplé avec du travail en ligne en autonomie et supervisé. Les centres de documentation et les professeurs- documentalistes auront ici un rôle important à jouer. En effet, les bons élèves, ont acquis des méthodes de travail efficaces et apprécient «l’hybridation » des enseignements.

Le collège du socle doit être l’occasion de faire rentrer en profondeur la culture numérique et de mettre en place, ce que n’a pas réussi à faire le collège unique, un enseignement plus individualisé au bénéfice des élèves en situation de décrochage cognitif.

Quatre conditons à réunir

Le socle peut devenir un levier puissant pour transformer le collège mais il y a au moins quatre conditions à réunir: supprimer les notes pour clarifier les méthodes d’évaluation, laisser les équipes inventer la forme pédagogique la plus adaptée aux ressources et aux élèves scolarisés, encourager l’innovation pédagogique par une politique de « moyens » sur projets et, enfin, reconnaître le travail d’ingénierie pédagogique et de coordination des enseignements. Nous proposons que le service des enseignants soit réduit d’une heure en collège et que cette heure « annualisée » puisse être librement négociée à l’échelon local entre les équipes et les personnels de direction pour soutenir l’innovation. C’est en reconnaissant les efforts d’adaptation des enseignants et en aidant les innovateurs qu’on aura plus de chance de construire le collège du socle.

La gestion des ressources humaines doit accompagner la refondation du collège unique. Un plan de formation continue ambitieux doit être mis en place et, surtout, l’évaluation professionnelle doit valoriser celles et ceux qui se forment et qui, dans les établissements scolaires, « transforment » l’Ecole en travaillant en équipe et en développant les usages numériques dans leur enseignement. L’institution doit envoyer un message ferme et très clair aux professeurs qui s’enferment dans leur classe, dans leurs certitudes pédagogiques et qui critiquent par avance toutes les réformes en raison de leur échec prévisible ou de leur inspiration « néo-libérale » ! L’école doit oser dire de quels enseignants et de quelles pratiques professionnelles elle a aujourd’hui besoin pour faire réussir les élèves et retrouver auprès de l’Opinion publique la considération et la confiance qu’elle n’aurait jamais dû perdre !

La refondation du collège unique suppose une transformation de la pédagogie mais aussi de la forme scolaire et de la gouvernance des établissements: le nouveau collège unique aura besoin de coordonnateurs et de responsables pédagogiques, le métier d’enseignant va être enrichi et sera plus exigeant. Notre institution doit le dire courageusement et se donner les moyens de reconnaître ses nouvelles exigences. Ce suppose sans doute une réallocation des moyens et un transfert de ressources des lycées vers le collèges. Mais posons-nous cette question : l’acquisition d’un socle commun par tous les élèves est-elle ou non une priorité ? Si les collégiens sont mieux formés et plus autonomes dans leurs apprentissages, les professeurs de lycée y trouveront certainement leur compte !

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