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Revue numérique des professionnels de l'éducation


Le numérique au quotidien en établissement. Perspectives

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap-Education.fr sur 13 Avril 2014, 12:30pm

http://www.ecriture-technologie.com/wp-content/uploads/2014/04/UNS.pngDurant deux jours, on a débattu sur ce thème à Nice, dans le cadre de la cinquième édition d’Ecritech [1], entre chercheurs et praticiens de l’éducation. Conférences, tables rondes et ateliers de présentation d’expériences d’établissement ont rythmé ces deux journées. Dans le foisonnement des communications, interventions, on peut estimer que se dessinent quelques perspectives utiles pour envisager l’avenir.

Innovations plurielles

La première tient sans doute à la valeur ajoutée de la formation dispensée aux élèves quand la dimension culturelle des pratiques numériques est pleinement intégrée à leur cursus.

On retiendra, à titre d’exemple, le témoignage apporté par Jean-Michel le Baut, professeur de lettres au Lycée Iroise de Brest[2]. C’est parce que ses élèves commentent sur twitter leurs meilleures productions sur la poésie, qu’ils sont entrés en contact avec l’auteure des textes poétiques étudiés, que cet auteur a commenté leurs productions (belle inversion de la pratique académique du commentaire de texte d’auteur par les élèves), et qu’a été ainsi rendue possible la préparation d’une rencontre au lycée avec cette auteure. On le voir à travers cet exemple, les élèves vivant le numérique au quotidien dans leur établissement continuent de se former à la poésie et à l’analyse littéraire, mais acquièrent aussi une culture d’éditeur numérique, qui leur permet d’entrer en contact de plain pied avec une auteure grâce à un réseau social numérique.

La seconde relève d’une évidence manifeste. Le succès d’intégration du numérique dans la vie des établissements tient à une démarche collective, partagée, associant les personnels, les élèves, les parents, les partenaires. On l’a bien perçu à travers les témoignages de chefs d’établissements comme Capucine Vigel, proviseure du lycée Simone Weil à Dijon[3], ou Guy Josselin, principal du collège Vinci à  saint Brieuc[4]. Des mots clés reviennent : coopération, coordination, animation, formation, accompagnement, intelligence collective. Impression confirmée par les témoignages apportés en atelier sur la mise en œuvre d’une démarche de centre de connaissances et de culture[5] dans un collège rural de petite taille dans le Cantal comme dans un établissement urbain en zone violence dans le Nord. Cette démarche ne repose pas sur les seules épaules du professeur-documentaliste, mais concerne l’ensemble des personnels : personnels de vie scolaire, personnels enseignants, direction, mais aussi, au premier chef les élèves, leurs parents, et les collectivités de rattachement. 

La troisième, mise en lumière par Jean-François Cerisier[6], dans sa conférence inaugurale, consiste en une approche sereine de la question : l’école, sous-système de la société, ne peut pas choisir la place du numérique dans cette société. Penser la question du numérique en termes de contrôle, de filtrage, d’interdiction relève de la même ambition que celle de dresser un barrage contre le Pacifique. Cela ne signifie pas que l’école est emportée par on ne sait quel tsunami numérique[7], mais qu’elle doit adapter la forme scolaire construite au fil des siècles en cohérence avec la culture de la société, à la transformation culturelle que nous vivons : toutes les interactions entre le sujet et son milieu sont modifiées par le numérique.

La forme scolaire en question

Le témoignage d’Eddie Playfair, dirigeant un établissement anglais[8], aura été utile en cela notamment qu’il nous a montré qu’outre Manche, dans son lycée de l’East End londonien populaire, les élèves, âgés de 16 à 19 ans, ont 15 à 21 heures d’enseignement hebdomadaire sur 30 semaines par an, mais qu’ils passent autant de temps dans l’établissement à apprendre et travailler autrement, notamment au learning centre, où les accompagnent selon leurs besoins des professeurs, des moniteurs et les bibliothécaires. Et tous ces élèves obtiennent de très bons résultats et, parmi eux, certains poursuivent régulièrement leurs études à Oxford ou Cambridge. Ce décentrement est utile, quand certains, en France, semblent considérer encore comme un attentat inadmissible contre la qualité de notre école l’idée de repenser l’organisation du  temps et des espaces scolaires dans le second degré. Les repenser serait agir dans l’intérêt des élèves, de leur formation personnelle, sociale, professionnelle et civique au sein d’établissements plus accueillants, plus bienveillants aux élèves, aux parents, aux partenaires de l’école en éducation.

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