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Le climat scolaire: clef de la refondation ?

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap Education sur 31 Décembre 2012, 18:45pm

http://www.eco-stl-plouguerneau2.ddec29.org/IMG/rubon39.gifLe site du ministère de l’éducation nationale a annoncé « La création de 500 emplois d'assistants chargés de prévention et de sécurité (APS) »[1], présentée comme celle d’ « un nouveau métier » dont « l’objectif est de renforcer la présence des adultes dans les établissements afin d’instaurer et de maintenir un climat apaisé, propice aux apprentissages et garantissant le bien-être des élèves comme des personnels.» Il n’est pas sûr que cette mesure, ajoutée à la création de 100 postes de CPE et de 2000 postes d’assistants d’éducation en cette rentrée 2012, atteigne l’objectif visé. En effet, « un climat apaisé favorable aux apprentissages et au bien être » résulte d’une multiplicité de facteurs qui ne se réduit pas au renforcement de la présence d’adultes dans les établissements.

La publication récente d’un rapport au comité scientifique de la direction de l’enseignement scolaire intitulé Le « Climat scolaire » : définition, effets et conditions d’amélioration[2], fournit à tous ceux qui actuellement argumentent et échangent, dans le cadre du débat sur la refondation de l’école, des éléments précieux de réflexion sur les conditions d’amélioration du climat scolaire.D’une part, les données fournies, scientifiquement établies, permettent de faire la part de la médiatisation d’affaires spectaculaires de violence en milieu scolaire[3] et de la réalité de la perception du climat scolaire par les élèves et personnels eux-mêmes. Selon deux enquêtes réalisées en 2010 et 2011une très grande majorité des élèves de France vivent plutôt heureux dans leur école ou leur collège. D’autre part, et c’est ce que nous retiendrons, les auteurs de l’étude insistent sur le fait que le climat scolaire ne se réduit pas à une comptabilisation des faits d’impolitesse, d’incivilité, de violences diverses[4], mais tient à l’ensemble de la conception et du déroulement des apprentissages scolaires. Les auteurs écrivent : « Travailler sur la notion de « climat scolaire » est donc bien travailler sur des questions touchant à la construction et à la transmission des connaissances, ce n’est pas un simple ajout plus ou moins utile aux missions " fondamentales » de l’école».

Le climat scolaire ne se limite pas à la sécurité scolaire. Il repose aussi positivement sur l’engagement, la motivation, le plaisir. Il dépend donc tout à la fois de l’effet établissement, de l'effet classe et de l’effet maître. : « le climat scolaire (est considéré non) comme un état donné mais bien comme le résultat d’un processus complexe et mouvant.» Il ne concerne pas les seuls élèves, mais, dans leur perception subjective individuelle et collective, l’ensemble des personnels et des parents. Et on verra qu’il dépend aussi des politiques éducatives et de leur mise en oeuvre.

Les auteurs se réfèrent notamment à une étude de l’OCDE qui distingue six facteurs interagissant du climat scolaire : la qualité du bâtiment scolaire, les relations entre enseignants et élèves, le niveau du moral et de l’engagement des enseignants, les questions d’ordre et de discipline, les problèmes de brimades, harcèlement et violences, l’engagement des élèves eux-mêmes. Les effets du climat scolaire sur les apprentissages et la réussite académique des élèves sont démontrés par nombre d’études internationales. Et les conditions d’apprentissage et d’évaluation caractérisent le climat scolaire fortement et son influence positive ou négative sur la réussite des élèves. « Le fait de promouvoir une culture de travail coopérative et d’avoir des professeurs dévoués à la mission de l’école conduit à l’obtention de meilleurs résultats en mathématiques, en écriture et en lecture (…) les élèves apprennent mieux et sont plus motivés lorsqu’ils se sentent valorisés, qu’ils s’investissent dans la politique de l’école et que leurs professeurs se sentent fortement connectés à la communauté scolaire

Quand on connaît la corrélation forte, en France entre la réussite scolaire et l’origine sociale des élèves, on ne peut qu’être attentif à une étude israélienne qui tend à démontrer que « la bonne qualité du climat scolaire jouerait un rôle important dans le fait d’atténuer l’impact négatif du contexte socio-économique dans la réussite scolaire.» L’observateur de la réalité scolaire française sera sensible aussi aux observations de l’OCDE et de l’institut Montaigne (2010) qui suggèrent « l’importance d’une utilisation plus rationnelle du temps scolaire en montrant non seulement les effets de fatigue liés à la longueur de la journée scolaire mais aussi les inégalités fortes dans l’utilisation du temps disponible (voir aussi Suchaut, 2009), en lien avec la lourdeur des programmes scolaires. La succession de cours sans lien les uns avec les autres apparaît à la plupart des membres du groupe comme une perte de sens et de temps. Les initiatives avec des séquences de cours plus longues (90 minutes au lieu de 55 minutes), apparaissent à même de réduire fatigue (liée entre autres au bruit et à la manutention du matériel scolaire), déplacements et sentiment de « zapping » au sein des collèges

Dans le même esprit, on retiendra « que le climat à l’école touche aux évaluations proposées : « l’organisation actuelle, avec sa fréquence d’évaluation, son type d’évaluation à heure fixée, ses rituels type baccalauréat génère beaucoup de stress inutile, surtout elle ne permet pas la remédiation. »[5]. Le sentiment de justice solaire, dont on a vu plus haut l’importance, est également dépendant de la manière dont procède l’évaluation à l’école, et la synthèse québécoise réalisée par Janosz et son équipe (Janosz et alii, 1998 par exemple) montrent que le consensus est pour une évaluation encourageante, plutôt qu’au cumul de stress que des évaluations uniquement normatives et souvent mal préparées et mal coordonnées induisent. On rappellera qu’environ 30% des élèves se sentent en situation d’injustice dans le système scolaire français (Duru-Bellat et Meuret[6]), sentiment qui est un facteur de décrochage majeur.»

On devrait donc être attentif, dans la perspective de refondation de l’école, aux propositions pour améliorer le climat scolaire retenues par les auteurs de ce rapport. Elles sont au nombre de treize, et on insistera sur quelques une d’entre elles, d’autres découlant de ce qui a été écrit plus haut (amélioration de l’environnement physique, prise en compte du facteur temps, justice scolaire et évaluation, par exemple). La formation aux compétences sociales par la responsabilisation est capitale. Il y a là un point clef de vigilance dans les travaux engagés autour du socle commun de connaissances et de compétences. La composition des classes dans une recherche maximale d’inclusion fondée sur une progression différenciée et un suivi particulier des élèves. La stabilisation des personnels, seule susceptible de créer les conditions d’une véritable vie d’équipe et d’une gouvernance démocratique des établissements. Et, pour finir, cette exhortation fort opportune en ces temps de refondation annoncée : « Les réformes ministérielles et la manière de les implanter ont un impact sur le climat scolaire. Notamment, leur fréquence, leur impréparation, le manque de concertation, d'approche globale... conduisent à l'immobilisme d'un corps enseignant qui n'en peut plus. Il faut changer la manière de changer

[1]http://www.education.gouv.fr/cid61422/la-creation-de-500-emplois-d-assistants-charges-de-prevention-et-de-securite-aps.html

[2] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Documents/docsjoints/climat-scolaire2012.pdf 

[3] Les événements survenus peu après la rentrée scolaire dans un collège de Poitiers et un lycée professionnel de Bordeaux ont marqué les esprits.

[4] On formule le vœu que l’observatoire de la violence en milieu scolaire dont Vincent Peillon vient d’annoncer la création ira au delà de cette comptabilisation.

[5] Giordan, André, Saltet, Jérôme, Notes sur le climat à l’école,  2012.

[6] Duru-Bellat, Marie, Meuret, Denis. Les sentiments de justice à et sur l'école. Bruxelles : De Boeck, 2010

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