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La vie lycéenne: une clé de la refondation ?

Publié par Jean-Pierre Veran - Cap Education sur 2 Septembre 2013, 15:16pm

http://www.fcpe-fonsorbes.asso.fr/fcpe_fons/sites/default/files/pictures/cvl.jpgLe cadre juridique

Le Bulletin officiel du 29 août 2013 a publié la circulaire du 29 juillet qui présente les semaines de l’engagement lycéen. « Le développement de l'autonomie et de l'esprit citoyen suppose en effet la mise en œuvre effective des droits dont dispose chaque lycéen.» Dans cette phrase, tout est dit : l’objectif est de faire descendre la vie lycéenne de l’empyrée des textes officiels dans la réalité concrète de la vie des établissements.

En effet, comme le note la circulaire, « malgré les efforts de tous les acteurs de la vie lycéenne, le bilan demeure mitigé sur de nombreux points» qu’elle énumère : « une trop faible reconnaissance du rôle des instances par les adultes; une information insuffisante des élèves sur les droits dont ils disposent pour participer à la vie de leur établissement; un taux de participation encore trop faible pour l'élection des CVL (47 % au niveau national) ou une stagnation du développement des Maisons des lycéens (un lycée sur deux déclare posséder une MDL).» On appréciera notamment l’emploi du verbe déclare dans la parenthèse.

Résistances des adultes

Quand on sait que les conseils pour la vie lycéenne ont 20 ans, cette « trop faible reconnaissance du rôle des instances par les adultes », cette  «information insuffisante des élèves» qui se traduit par « un taux de participation encore trop faible » aux élections, sont de puissants indicateurs des très fortes résistances culturelles au sein de l’institution scolaire à l’égard de toute forme d’autonomisation des élèves par la pratique effective de la vie démocratique. On retrouve là une caractéristique de notre modèle politique d’éducation, fondé sur l’autorité du maître, des maîtres sur les élèves.

Pourtant, dès 1946-7, le projet de réforme de l’enseignement fondé sur les orientations du conseil national de la résistance et présenté par Paul Langevin et Henri Wallon appelait de ses voeux, au chapitre de la vie scolaire, l’apprentissage concret du self-government. « L'éducation morale et civique que l'école doit donner ne saurait se borner à l'étude d'un programme en un temps fixé par l'horaire. On ne peut en effet dissocier l'éducation de l'intelligence de celle du caractère. C'est la vie scolaire tout entière qui offre les moyens d'élever l'enfant... L'école fait faire à l'enfant l'apprentissage de la vie sociale et, singulièrement, de la vie démocratique... Ainsi se dégage la notion du groupe scolaire à structure démocratique auquel l'enfant participe comme futur citoyen et où peuvent se former en lui, non par les cours et les discours, les vertus civiques fondamentales...et où on utilisera les diverses expériences de self government dans la vie scolaire ».

Une formation de deux heures

Il est précieux encore, aujourd’hui de relire Langevin et Wallon. En effet, un des points forts de rendez-vous de la vie lycéenne mis en place en cette rentrée consiste en effet en “une formation de deux heures obligatoire pour tous les élèves » qui« sera dispensée dans chaque classe de lycée sur le fonctionnement des instances de vie lycéenne. Ces deux heures de formation se dérouleront entre la cinquième et la septième semaine suivant la rentrée, c'est-à-dire entre le lundi 30 septembre et le vendredi 18 octobre 2013. » Cela est traduit, dans Le Café pédagogique par « Dans chaque lycée , les élèves devront recevoir un cours de 2 heures sur le fonctionnement des instances lycéennes ».

Un des enjeux de la refondation est bien là. Ou bien on ne conçoit la formation des élèves que sous forme de « cours », conformément à notre modèle politique d’éducation, ou bien on la conçoit de manière diversifiée. Il est tout de même éclairant que lorsque le ministère écrit formation dans une circulaire, le café pédagogique traduise « formation » par « cours ». C’est cela même contre quoi Langevin et Wallon mettaient en garde dès 1946 : « non par les cours et les discours ». Souhaitons que l’occasion créée par cette circulaire sur l’engagement lycéen ne soit pas détournée, parce qu’une fois encore la culture institutionnelle serait plus forte que la volonté politique. La refondation pédagogique de notre école est aussi à ce prix.

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