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L'école: le défi de la gauche. Maryline Baumard

Publié par Jean-Marc ROBIN - Cap Education sur 7 Décembre 2013, 16:30pm

http://www.letudiant.fr/static/uploads/mediatheque/EDU_EDU/9/2/117792-ecole-le-defi-de-la-gauche-maryline-baumard-580x_.jpgMême si aujourd’hui la question de l’emploi et de la préservation du pouvoir d’achat sont au cœur de l’actualité, Maryline Baumard rappelle que le président de la République s’est fait élire sur un triple pacte : un pacte productif, un pacte redistributif et un pacte éducatif. La refondation de l’Ecole est donc bien au cœur du programme présidentiel.

Des gens d’école

Dans un premier chapitre intitulé « Des gens d’école », la  journaliste se penche sur « le rapport personnel de François Hollande à l’école » ; cela peut sembler anecdotique mais les politiques publiques sont conduites par des acteurs qui ont aussi des convictions sédimentées dans une histoire personnelle et familiale. Ainsi, on découvre que les deux grands parents paternels de François Hollande sont instituteurs et qu’il a mal très mal vécu lorsqu’il était au lycée son orientation forcée en terminale D (option science de la vie et de la terre) alors qu'il était scolarisé en première C (option mathématiques). « La refondation c’est son idée avant d’être celle de Vincent Peillon », ce dernier apprendra par une dépêche de l’AFP du 9 septembre 2011 que le candidat à la primaire socialiste veut recréer les postes supprimés depuis 2007, entre 60.000 et 70.000 postes.

Maryline Baumard révèle que si le chef de l’Etat fait « une grande confiance à Vincent Peillon pour la gestion des dossiers », les relations entre le président et son ministre se limitent au travail, « Aussi curieux que cela puisse paraître, (…) il n’y a rien entre eux que des textos professionnels. Ni pendant la campagne ni aujourd’hui ».

Le portrait de Vincent Peillon met en lumière « une personnalité complexe » avec « sa facette planquée de père de famille, un côté éternel ‘prof’, sa grille de lecture philo qu’il plaque sur le monde et sur la vie, et le côté politique ambitieux qu’il joue à ses heures, en sus de sa mission chevillée au corps de rebâtisseur d’école ». « Bon élève, il passe son bac avec deux ans d’avance et sort du lycée avec l’impression de s’y être ennuyé », avant de reprendre des études de philosophie à l’université, il part travailler pour la compagnie des wagons-lits et « il s’essaie au buiseness, monte une petite entreprise d’importation de saumon à destination des comités d’entreprise ». Vincent Peillon ne travaille pas son image, il s’agace du traitement people de l’actualité, il se montre très critique vis à vis des journalistes politiques trop attentifs aux petites phrases, il le paie en retour par « une mauvaise presse ». 

Bilan des 15 premiers mois

Maryline Baumard livre une véritable enquête sur les acteurs, les mécanismes de décision politique et la vie d’un ministère où Alexandre Siné, le directeur de cabinet de 41 ans, « hyper oganisé, sec et cassant » a tendance à vouloir mener l’ensemble des équipes à « la bagette ». Dans la seconde partie de son ouvrage consacrée à l’action du ministre elle ne l’épargne pas : « seule la modification des rythmes se voit sur le terrain », « les nouveaux enseignants n’arrivent pas avec un badge ‘prof peillon’, la machine éducation nationale engloutit et digère les moyens », de plus le ministre a « fait le choix d’une refondation pédagogique et non structurelle. S’il avait choisit la réforme structurelle, cela se verrait tout de suite ». Maryline Baumard le souligne : le ministre souhaite s’engager rapidement dans la redéfinition du métier d’enseignant mais Matignon freine car le gouvernement surestime « la capacité de nuisance » des syndicats et du SNES en particulier

Au bout des refondations

Maryline Baumard conclut son ouvrage en opposant deux scénarios, dans le premier la gauche a gagné la présidentielle en 2017 et la refondation commence a produire ses effets, dans le second scénario la droite prend sa revanche et décide de copier le modèle anglo-saxon. Les établissements sont autonomes, les chefs d’établissements sont de vrais patrons qui notent et recrutent des enseignants mieux payés mais plus présents, le collège unique a disparu, les élèves en difficulté sont orientés en pré-apprentissage, la liberté des familles est totale, elles choisissent leur établissement sur la base de leur projet pédagogique mais les EPLE ont aussi le pouvoir de sélectionner leurs élèves.

Dans l’hypothèse de la victoire de la gauche, les changements sont d’abord de nature pédagogique, les professeurs, passés par les ESPE, sont devenus des enseignants numériques, les cours magistraux ont disparu et la pédagogie inversée s’est généralisée, les collégiens ou lycéens travaillent chez eux à l’aide de ressources numériques les leçons. Le service d’aide en ligne permet aux élèves en difficulté de progresser et chacun bénéficie d’un enseignement plus individualisé et d’une notation bienveillante qui met l’accent sur la progression autant que sur le niveau. La réforme pédagogique impulsée par Peillon commence à se traduire par des résultats, la France progresse de quelques places dans les classements internationaux. La carte scolaire est devenue plus rigide, les collèges disposent de moyens budgétaires accrus au détriment des lycées. L’année scolaire a été allongée de deux semaines et le nombre d’heures de cours a été augmenté pour aider les élèves en difficulté. Le métier d’enseignant a été revalorisé, depuis plusieurs années les hommes sont plus nombreux à se présenter aux concours.

Prospectives

Certains éléments des scénarios peuvent faire sourire: l’élève qui travaille ses cours en amont devant son PC, s’il le fait dans toutes les disciplines il faudra que sa journée compte 48 heures, ou bien la revalorisation matérielle des enseignants, difficilement envisageable avec une dette publique de près de 2.000 milliards d'euros qui continue de progresser. Toutefois, Maryline Baumard montre bien que la gauche et la droite s’opposent sur la réforme de l’Ecole, quand les uns misent sur « la pédagogie » (formation des maîtres, rénovation des programmes et des façons de travailler avec les élèves,…), les autres rêvent de changer la gouvernance de l’Ecole et de mettre en place une politique de gestion des ressources humaines inspirée du monde de l’entreprise.

La journaliste insiste également sur un fait majeur il faut dix ans pour réformer, l’expérience allemande l’a montré mais elle oublie un point essentiel: la réforme de l’Ecole s’inscrit dans le cadre plus large de la réforme de l’Etat et les priorités des gouvernements peuvent changer. La décentralisation de gauche ou de droite à venir peut aussi rebattre les cartes et dessiner d’autres scénarios : une école à plusieurs vitesses et dépendante des choix des « territoires ».

La machine-Ecole

Maryline Baumard signe un ouvrage bien documenté qui articule de façon habile analyses et descriptions, statistiques et anecdotes, admiration et coups de griffe pour les décideurs, agacements d’une citoyenne et distance d’une journaliste qui comprend la complexité de la machine-école. Voilà une « plongée » dans la maison Education Nationale très utile pour mieux comprendre notre Institution.  

Lire l'article intitulé: Ecole de droite, école de gauche

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