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L'école de la République au crible des enquêtes PISA

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap Education sur 31 Mai 2013, 18:18pm

http://www.nationspresse.info/wp-content/uploads/2010/08/PISA-OCDE1-300x280.jpgIl est fréquemment fait référence aux performances des élèves français de 15 ans obtenues aux enquêtes PISA pour caractériser les relatives difficultés du système éducatif français. Le classement international de la France est régulièrement rappelé. On lit par exemple dans l’exposé des motifs de la nouvelle loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école: « Les enquêtes internationales montrent quue les élèves français sont non seulement loin de maîtriser les compétences attendues en fin de 3e, mais surtout arrivent en dernière position de l’ensemble des élèves européens évalués pour la maîtrise de ces compétences. » Dans le rapport de la concertation publié en octobre 2012 on lisait : « Quand on observe les résultats des élèves aux différentes enquêtes internationales depuis le début de 2000 (PISA, qui évalue les acquis des élèves à 15 ans, ou PIRLS qui se focalise sur leurs compétences à l’écrit durant le primaire), l’école française occupe dans l’horizon international une place à peine moyenne. Plus grave, sa position, déjà fragile, tend à se dégrader, notamment pour ce qui concerne les résultats des élèves les plus en difficulté. Concernant le premier degré, la France occupait en 2001 le 18e rang sur 36 pays évalués. En 2006, elle n’occupait plus que le 27e rang sur 44 pays évalués. ».

Une récente étude menée par Bruno Suchaut permet de changer le regard sur ces résultats. Il propose de ne pas s’arrêter au seul classement des différents pays, mais de convertir les résultats obtenus par les élèves de chaque pays en une note correspondant aux systèmes de notation belge, français et suisse. Le classement demeure, mais on mesure mieux les écarts entre les différents pays. L’écart par exemple, entre la Finlande et la France, qui est de 16 places en 2009 pour la lecture, correspond en écart de notes à 0,9/20, les élèves de Finlande obtenant une note de 11/20, et ceux de France une note de 10,1/20. Plus globalement l’écart entre les extrêmes fait culminer la Corée à et la Finlande à 11/20 alors que le Mexique ferme la marche avec 8,7/20. L’écart maximal est donc de 2,3 points sur 20.

L’écart moyen entre les pays est donc faible, puisqu’il correspond à 0,47 point selon l’échelle de notation française. Bruno Suchaut observe : « On voit bien ainsi que dire par exemple que la France est classée au 18ème rang sur les 34 pays de l’OCDE n’invite pas aux mêmes commentaires que  dire que le premier pays du classement ne dépasse la France que de 0,9 point sur une échelle de 0 à 20. Les notes permettent donc pour le grand public, plus que les scores d’origine, de mieux percevoir et de relativiser les différences entre les pays. ». Cette étude ne s’arrête pas en si bon chemin. Elle examine ensuite la dispersion des scores des élèves d’un même pays, ce qui permet de distinguer de pays aux performances homogènes et d’autres aux performances hétérogènes. On s’aperçoit d’abord que l’écart entre les élèves testés par PISA est bien plus grand qu’entre les pays participant à l’enquête : 1,9 point selon l’échelle française, au lieu de 0,47 point. On constate ensuite que les répartitions entre niveaux de performance varient selon les pays. Pour la lecture, par exemple, « Au niveau de l’OCDE, on relève en 2009 5,7% d’élèves très faibles (niveau 1b et inférieur à 1b) alors que cette proportion est de 7,9% pour la France (pour mémoire, cette proportion n’était que de 6% en 2000). » l’écart du taux de faibles lecteurs entre la moyenne OCDE et la France est donc de 2,2 points. Et, entre 2000 et 2009, il s’est creusé. Bruno Suchaut observe de même l’importance de l’influence du milieu social sur les résultats des élèves. « Pour la France cet impact du milieu social est de 51 points dans l’échelle de PISA, soit 1 point dans l’échelle de notation français (de 0 à 20), ce qui est du même ordre que l’écart de performances moyennes entre le Portugal (22ème dans le classement) et la Finlande (2ème du classement). ».

Cette étude permet de mieux utiliser les résultats des enquêtes PISA. Par delà les effets médiatico-politiques du rang de classement, mieux vaut observer ce que les enquêtes nous disent sur l’évolution de notre système de formation. Nos élèves, à 15 ans, ont des écarts de réussite inégaux selon leur milieu social d’appartenance, et la proportion de ceux qui ont de mauvais résultats augmente. L’objectif de réaliser une école plus juste est bien un des enjeux fondamentaux de la refondation

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