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Disciplines et enseignements non disciplinaires: quelle articulation ?

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap-Education.fr sur 27 Septembre 2014, 18:28pm

 

http://www.clg-bellevue-crosne.ac-versailles.fr/IMG/jpg/socle-commun.jpgParfaite cohérence ?

Hier, la ministre de l’éducation nationale a demandé au conseil supérieur des programmes de garantir « une parfaite cohérence » entre le socle commun et le contenu des programmes. La tâche n’est pas simple. Depuis 2006, nous faisons l’expérience de la coexistence d’un socle commun défini par décret signé du premier ministre le 11 juillet, et de programmes disciplinaires. Alors que le socle promeut le lien entre les connaissances et les compétences, les cloisonnements disciplinaires ont perduré.

Comme on ne peut pas multiplier à l’infini le nombre de disciplines obligatoirement enseignées, on a progressivement instillé des éducations (à la santé, à l’environnement, aux médias et à l’information…) et des parcours (parcours d’éducation artistique et culturelle, parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel).  On a même créé de nouveaux enseignements, qui ne sont pas disciplinaires : éducation civique juridique et sociale (ECJS) au lycée depuis la fin des années 90, éducation morale et civique à partit de la rentrée 2015.

Ces nouveaux enseignements peuvent être pris en charge par des professeurs formés dans des disciplines variées, même si certaines revendiquent plus particulièrement une légitimité à l’assurer ( l’histoire et géographie, les sciences économiques et sociales pour l’ECJS, par exemple). Qu’en est-il en réalité ? Si l’on en croit des élus lycéens, l’ECJS devient parfois, voire souvent, un cours complémentaire de la discipline d’origine du professeur. L’éducation à la santé est bien souvent réduite à une suite d’interventions de professionnels divers auprès d’élèves de certains niveaux, sans que cela soit préparé puis exploité dans des heures d’enseignement disciplinaire.

Cloisonnement disciplinaire

Bref, le cloisonnement disciplinaire a la vie dure, et le socle commun de connaissances de compétences et de culture risque de se heurter, comme celui de 2006 aux citadelles disciplinaires, qui l’ont marginalisé en le réduisant à une opération strictement administrative de validation de compétences acquises, validation dont la responsabilité est elle-même découpée selon les territoires disciplinaires. Ce qui prévaut toujours, c’est la légitimité disciplinaire, par rapport à des parcours ou « éducations à » marginaux.

Comment en sortir ? D’une part, sans doute, en renversant la pyramide : au lieu de partir des disciplines, on pourrait partir du socle commun pour voir comment chaque discipline peut orienter son enseignement de manière à aider les élèves à acquérir les compétences, connaissances et la culture commune. Cette opération permettrait de mesurer que la formation de nos élèves ne peut se réduire aux actuels enseignements disciplinaires. Il faut donc que le temps scolaire compte aussi des enseignements non disciplinaires : il existe déjà l’ECJS, l’éducation morale et civique, il pourrait en aller de même  avec l’éducation aux médias et à l’information. Mais ces enseignements non disciplinaires ne doivent pas se juxtaposer comme les disciplines l’ont fait par tradition. Ils doivent au contraire s’inscrire en lien avec des enseignements disciplinaires variés. D’autre part, si l’on veut que nos élèves aient confiance en eux et en l’école, il faut leur donner à l’école la possibilité concrète de prendre des initiatives, de produire, de coopérer. Il s'agit de compléter les lumières des enseignements par l'empouvoirement, la place donnée à l'engagement personnel et collectif, à l'autonomie, l'intiative, la responsabilité.

Le temps scolaire doit donc aussi donner place à des créneaux horaires destinés à la conduite de projets  transdiciplinaires et trans-enseignements dans lesquels les élèves, individuellement et en groupe, accompagnés par des enseignants et personnels d’éducation, acquièrent en même temps que des connaissnaces des compétences sociales et civiques variées, négligées dans notre modèle politique d’éducation. On le voit, il faut passer d’une logique d’exclusivité disciplinaire à une logique de tissage entre disciplines, enseignements non disciplinaires et travaux  personnels ou de groupe accompagnés.

La cohérence souhaitée par la ministre est à ce prix. L’avantage de cette transformation est clair. Les apprentissages prennent sens, parce qu’ils ne se bornent pas à des transmissions de connaissances disciplinaires cloisonnées entre elles,  et ne se limitent pas à la transmission-restitution de connaissances, en engageant les élèves dans des démarches personnelles de création et de coopération mettant en lien des apprentissages variés.

Cette perspective peut ne pas être bien reçue par des disciplines jusqu’ici régnant sans partage sur l’enseignement secondaire. Mais qui ne voit qu’elle permettrait à la fois de redonner du sens aux apprentissages pour tous, professeurs, élèves et parents, de réduire l’échec scolaire massif dû pour partie à cette perte de sens, et d’améliorer fortement un climat scolaire dont on sait combien il est, pour les adolescents français, plutôt difficile à supporter ? Pour créer les conditions de sa réalisation, ne faudrait-il pas repenser dès l’amont la formation des professeurs et personnels d’éducation, en la faisant échapper elle aussi aux cloisonnements disciplinaires ?

Pour nourrir le débat, lire l'article d'Alain Beitone, professeur de SES en classe préparatoire "Education à...Y a basta !" sur le site de la revue numérique Skhole.fr

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