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Diplôme national du brevet: une évaluation ambigüe

Publié par Jean-Pierre VERAN sur 14 Juin 2014, 09:19am

http://archives.gouvernement.fr/fillon_version2/sites/default/files/imagecache/article_main/images/000_par2747141.jpgLa direction de l’évaluation, de la performance et de la prospective (DEPP) du ministère de l’éducation nationale a consacré  en mars sa note d’information n° 7 au diplôme national du brevet (DNB) 2013. A l’heure où l’existence même de ce diplôme sous sa forme actuelle est remise en cause, il n’est pas inutile de faire un pont d’étape intéressant à la veille de sa prochaine et peut-être ultime édition. Et surtout de réfléchir, à cette occasion, à l’évaluation des acquis des élèves à la fin du collège.

Résultats liés aux origines sociales

Rappelons pour commencer ce qui fait l’intérêt en ce domaine du diplôme national du brevet. Il combine à la fois contrôle continu, épreuves d’examen (se traduisant par des notes) et validations de compétences (socle commun, brevet informatique et internet). Cette étude a été faite sur les résultats globaux, et elle confirme ce que nous savons déjà : les résultats, au brevet comme aux évaluations CEDRE et PISA, sont très dépendants de l’origine sociale des élèves. « Les enfants issus d’un milieu très favorisé sont, en proportion, quatre fois plus nombreux à se présenter à la série générale qu’à la série professionnelle. Les candidats originaires d’un milieu social défavorisé sont, à l’inverse, en plus grand nombre dans la série professionnelle (55 % contre 33 % dans la série générale). En 2013 comme les années précédentes, la quasi-totalité des enfants issus d’un milieu très favorisé obtient le brevet (95,6 %). En revanche, le taux de réussite est inférieur de 20 points parmi les candidats issus de milieu défavorisé. La proportion de candidats obtenant une mention Très bien ou Bien varie également fortement selon l’origine sociale des candidats : un candidat sur deux issu d’un milieu très favorisé obtient l’une ou l’autre de ces deux mentions. C’est le cas d’un candidat sur quatre pour ceux d’origine sociale moyenne et d’un candidat sur sept pour ceux issus d’un milieu défavorisé ».

Autre confirmation : les filles sont plus performantes que les garçons, notamment dans la série générale. « Dans la série générale, 88,4 % des filles obtiennent leur diplôme. C’est 5,5 points de plus que les garçons. Elles sont également plus nombreuses à obtenir une mention Très bien ou Bien: une fille sur trois, et seulement un garçon sur quatre. »

Note de vie scolaire

Pour l’édition 2014 du DNB, la note de vie scolaire qui a été supprimée au cours de l’année scolaire ne sera pas prise en compte. « En 2013, huit élèves sur dix ont obtenu 15/20 ou plus à la note de vie scolaire. Ils sont même près d’un sur quatre à avoir eu 20/20, avec toutefois une différence entre les séries générale (25 %) et professionnelle (7 %). La proportion d’élèves obtenant la note de 20/20 en vie scolaire varie également selon le niveau scolaire des élèves. Les candidats admis avec une mention Très bien sont 60 % à avoir eu cette note de 20/20, ils sont 39 % parmi les mentions Bien, 24 % parmi les mentions Assez bien, 12 % parmi les admis sans mention et 4 % parmi les candidats refusés. » Ces indications sont plutôt réconfortantes : elles témoignent du fait qu’une note de vie scolaire excellente peut être attribuée aux élèves indépendamment de leurs résultats dans les disciplines, et ne se traduit pas nécessairement par l’obtention du brevet. C’est l’indice que globalement, les équipes et les chefs d’établissement ont joué le jeu de cette note instaurée par la loi d’orientation du 23 avril 2005, destinée à valoriser les comportements d’engagement dans son « métier d’élève » et de respect des règles. Il aurait été intéressant d’étudier la relation de la répartition des notes de vie scolaire en fonction de l’origine sociale des élèves. La comparaison entre la note de vie scolaire et la validation des compétences sociales et civiques  et d’autonomie et d’initiative du socle commun fait apparaître que plus de 95% des élèves sont réputés maîtriser ces compétences alors qu’ils sont 18,8% à obtenir une note de vie scolaire inférieure à 10/10.

Notes et validation des compétences

Cet écart entre évaluation par une note et validation de compétences est confirmé par celui constaté par la DEEP entre, d’une part, la validation du socle commun pour 90,3% des élèves, et les résultats obtenus aux épreuves de l’examen en français, mathématiques et histoire – géographie. La compétence  de maîtrise de la langue du socle commun est validée pour 94,2% des élèves. A l’examen, en français, « 41 % des candidats de la série professionnelle et 39 % des candidats de la série générale ont une note inférieure à 10/20 », la moyenne des notes s’établissant à 10,8. La compétence de mathématiques, culture scientifique et technique du socle commun est validée pour 92,8% des élèves. A l’examen, en mathématiques, « 73 % des candidats de la série technologique ont une note inférieure à 10/20 en mathématiques, alors qu’ils sont 49 % dans la série générale », la moyenne des notes s’établissant à 9,8.La compétence culture humaniste du socle commun est validée pour  93,9% des élèves. A l’examen,  en histoire-géographie, la note moyenne est de 9,6.

Ces écarts sont doublement significatifs. D’une part, ils incitent à relativiser le culte de la note moyenne dans notre système d’évaluation-notation. Si l’on s’en tenait à la note obtenue à l’examen pour évaluer le niveau des élèves, c’est à peu près la moitié moins des élèves qui devraient avoir validé la maîtrise du socle commun. D’autre part, si l’on établit un lien entre les performances obtenues par les élèves français de 15 ans dans les évaluations nationales (CEDRE) et internationales (PISA) et les résultats de la validation du socle commun dans les compétences maîtrise de la langue et mathématiques, culture scientifique et technique, on peut s’étonner d’une validation aussi massive de ces compétences, quand les performances aux épreuves PISA ou CEDRE portant sur des domaines équivalents sont nettement moins éclatantes. La proportion d’élèves en difficulté y est en effet en 2012 de 22% pour PISA, de 21,4% pour CEDRE. On pourrait donc s’attendre à une validation du socle commun  avoisinant 80 % et non pas dépassant 90%.

On le voit nettement à partir de l’exemple du DNB : la note d’examen n’est pas représentative des compétences des élèves, qu’elle tend à minorer. Des élèves qui n’obtiennent pas la moyenne sont par ailleurs crédités d’une validation du socle commun. Mais cette validation apparaît comme généreuse, rapportée aux résultats des évaluations comme PISA ou CEDRE. Le diplôme national du brevet, qui hybride évaluation sommative et évaluation par compétences, permet de mesurer les distorsions induites par ce dualisme évaluatif. Ce système hybride n’est pas garant d’une juste évaluation.

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