Cap-Education.fr

Revue numérique des professionnels de l'éducation


Conseils de la vie collégienne: un atout pour le nouveau collège ?

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap Education sur 20 Septembre 2014, 08:23am

 

http://www.ac-clermont.fr/uploads/pics/logo-cvc_02.jpgSiècle dernier

Commençons par une devinette. De quand datent les propositions suivantes : (a) Inventorier et prendre en compte les besoins exprimés par les élèves ; (b) Travailler sur le repérage, l’image et la qualité de l’espace socio-éducatif ; (…) (c) Prévoir des plages horaires en tenant mieux compte des rythmes scolaires (...); (d) Accompagner les élèves dans l’organisation de journées portes ouvertes et de projets humanitaires; (e) Valider et valoriser dans une rubrique du bulletin trimestriel ou sur le dossier de l’élève, relative à la vie scolaire, toute participation réussie et dont l’effet est formateur (…). (f) Créer une maison des élèves dans tous les collèges et les lycées ; (g) Associer les élèves, quel que soit leur âge, à la gestion de cette maison, en facilitant la constitution d’un bureau élèves mineurs/élèves majeurs ou adultes, à parité de nombre et de fonction; associer les membres de la communauté éducative, notamment les parents d’élèves (…) ?

Elles ont été remises au siècle dernier, par le recteur René Blanchet au ministre Claude Allègre dans un rapport intitulé La Vie de l'élève et des établissements scolaires. Seize ans ont passé. Les maisons des lycéens existent désormais, mais pas les maisons des collégiens…

Frémissement

En cette rentrée 2014, on peut toutefois noter un frémissement. Les conseils pour la vie collégienne ont été expérimentés dans de nombreuses académies (Aix-Marseille, Amiens, Besançon, Créteil, Lille, Limoges, Lyon, Montpellier, Paris, Rennes, Strasbourg, Versailles…), dans la logique de Refondons l’école de la République, synthèse de la concertation de 2012, qui indiquait : « renforcer le rôle des instances représentatives que représentent les conseils de la vie lycéenne et en expérimentant, au collège, la mise en place de conseils de la vie collégienne». Ils sont cette année en voie de généralisation dans l’académie de Montpellier. Il s’agit là d’une démarche de politique éducative majeure.

Qui a enseigné en collège a nécessairement entendu en conseil de classe les élèves délégués être vivement interrompus d’un tranchant « ce n’est pas le lieu ! » quand ils tentent d’évoquer par exemple la queue au restaurant scolaire. Bien entendu, ce n’est pas non plus le lieu au conseil d'administration, où l’on parle de choses encore plus sérieuses. Du coup, il n’y a toujours pas de lieu  pour « inventorier et prendre en compte les besoins exprimés par les élèves » comme le proposait René Blanchet il y a 16 ans. Les conseils de vie collégienne répondent à cette nécessité. Dans un billet de juin dernier, je faisais référence à une enquête menée par Jonathan Dallaporta (étudiant en ESPE) auprès de collégiens en 2013-14. « Que disent les collégiens qu’il a interrogés par sondage sur les locaux scolaires, le temps scolaire, et les relations entre élèves ? Le local qui recueille le moins d’avis positifs est la salle de permanence, suivie par le restaurant scolaire. Le temps qui recueille le moins d’avis positifs est l’heure de permanence.  L’espace-temps où les relations entre élèves sont les moins bonnes est la classe. » Je n’avais pas repris dans ce billet les réponses des collégiens à des questions ouvertes. Elles sont éloquentes : pour l’un, l’objectif serait que « les collégiens n’aient pas l’envie de partir mais de rester au collège », pour une autre, que « le collège ne soit pas un lieu où on a seulement des cours,  des rapports et des heures de colle ».

Cette enquête confirme bien la nécessité d’ « inventorier et prendre en compte les besoins des élèves » si l’on veut créer les meilleures conditions possibles pour qu’ils apprennent dans un climat de confiance, où ils se savent écoutés.Les conseils de vie collégienne, loin d’être un gadget ou une coquille vide, peuvent devenir un élément clé de la gouvernance des collèges pour créer les conditions de la réussite éducative. Pour qu’il en soit ainsi, il faudra éviter de les cantonner à des réunions alibis, sans suivi ni portée, comme ce fut le cas pour bien des conseils de la vie lycéenne.

Socle commun

La présence et l’écoute active du Principal seront déterminantes. Le débat portera sur l’ensemble des questions qui touchent les collégiens, le restaurant scolaire, les sanitaires, le foyer, bien sûr, mais aussi le budget de l’établissement, le fonctionnement du centre de documentation et d’information, l’organisation des emplois du temps, des épreuves communes. Si cette instance est une instance consultative, elle est également dotée d’un pouvoir d’initiative : deux ou trois actions  menées au cours d’une année scolaire, dans les domaines de la solidarité, de l’environnement, du bien vivre ensemble, lui donnent aux yeux des élèves, des parents, des personnels, une pleine visibilité et renforcent sa légitimité.

On le voit, le conseil de la vie collégienne constitue pour les établissements un levier permettant de développer l’accès des élèves à des domaines variés du socle commun de connaissances de compétences et de culture, notamment la formation de la personne et du citoyen, l’observation et la compréhension du monde, les représentations du monde et l’activité humaine. Il peut être un moyen, en 2014, d’atteindre les objectifs formulés par René Blanchet en 1998 : (a) l’école, lieu de sérénité et de mieux être; (b) l’établissement, espace de démocratie vivante, (c) l’élève, autonome et créatif, (d) la communauté éducative, ouverte sur l’extérieur.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents