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Circulaire de rentrée 2014: trois volumes de commandements et un zeste de gouvernance

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap-Education.fr sur 13 Août 2014, 16:49pm

http://www.ac-clermont.fr/disciplines/typo3temp/pics/6a357b6810.jpg44 pages d'annexes

La circulaire de préparation de rentrée constitue un exercice obligé, un marronnier de l’institution scolaire. Celle de la rentrée prochaine, publiée alors qu’un nouveau ministre vient de prendre ses fonctions, s’inscrit nécessairement dans la continuité de l’action entreprise par son prédécesseur : il s’agit bien de poursuivre la refondation de l’école de la République.

Devant les 13 pages du corps de la circulaire, suivies  de 44 pages d’annexes, on ne peut que reprendre la constat établi par Jean-Paul Delahaye en 2006 : « il est d’ailleurs frappant de constater que plus le ministère parle de l’autonomie des établissements, notamment pour  régler le problème des élèves en difficulté, plus les circulaires de rentrée  vont contenir de pages de conseils et de prescriptions : une page en 1992, huit pages en 1996, dix pages en 97, douze pages en 2001, dix-sept pages en 2002…. ». De ce point de vue,  avec 57 pages en 2014, l’administration centrale reste fidèle à sa directivité consubstantielle en aggravant son record. On parle d’Etat stratège, mais on garde un Etat producteur de normes, y compris dans le domaine pédagogique.

Dans la future circulaire de rentrée, par exemple, le ministère confirme à propos des réseaux d'éducation prioritaire, qu’ « un référentiel pédagogique commun à tous les acteurs a été élaboré ; il servira de socle à l’élaboration des projets des équipes pour faire évoluer les pratiques pédagogiques et favoriser la réussite de tous les élèves». Faut-il pour autant en rester à ce premier constat décevant ? Non. D’une part, il ne faut pas confondre texte officiel et réalité concrète, ce que Jean-Paul Delahaye rappelait également en 2006, dans le même ouvrage déjà cité : « « si la circulaire de rentrée est à prendre avec sérieux,  c’est davantage pour les informations qu’elle apporte sur les politiques ministérielles, que par son degré de mise en œuvre effective ».

Gouvernance

Cette précaution de méthode posée, il n’est pas inintéressant de voir comment, malgré tout, au fil de cette circulaire, la gouvernance fait son chemin dans un système de commandement apparent. Par exemple, la circulaire annonce dès  le début que « «les enseignants seront consultés sur le projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture, les programmes d’enseignement moral et civique et le nouveau programme de maternelle en septembre- octobre 2014. Ils seront consultés entre janvier et mai 2015 sur les nouveaux programmes de l’école élémentaire et du collège, qui seront publiés en juin 2015.» Elle précise ensuite que « le dispositif «plus de maîtres que de classes» continuera d’être développé, au service d’objectifs pédagogiques et didactiques déterminés par l’ensemble d’une équipe pédagogique organisée autour d’un projet collectif de grande qualité ». Consultés sur le socle commun de connaissances de compétences et de culture et les nouveaux programmes, les enseignants  détermineront eux-mêmes les objectifs du dispositif « plus de maîtres que de classes ». Les conseils école-collège « permet une réflexion fondée sur une réalité éducative locale »,  réflexion qui est l’affaire des équipes d’écoles et de collèges et de leurs partenaires locaux. Les « périodes de détermination », qui permettent aux lèves affectés en lycée professionnel de « découvrir des spécialités différentes et éventuellement changer d’affectation, en fonction des places localement disponibles » sont encouragées.

On voit ci la volonté exprimée de faire de l’élève un acteur de son parcours de formation, et non pas l’objet passif d’une orientation. Cette volonté est confirmée  plus loin avec la refondation de l’orientation :  « Il s’agit donc d’engager une nouvelle dynamique pour renforcer la compétence à s’orienter, développer une culture économique et l’esprit d’entreprendre. Pour cela, le référentiel du nouveau parcours individuel d'information, d'orientation et de découverte du monde économique et professionnel sera proposé par le CSP à l’été 2014. » Va dans le même sens la poursuite de l’expérimentation de l’orientation choisie qui « consiste à donner à la famille le choix final de la voie d’orientation en fin de troisième ; elle sera évaluée avant décision sur les suites à y donner». On notera la prudence  avec laquelle cette expérimentation est conduite. Toute une série de dispositions  concernent  ensuite le nécessaire travail commun des services académiques de l’éducation nationale avec les collectivités territoriales.

Sur  la carte scolaire,  cette concertation visera a améliorer la mixité sociale des établissements scolaires, « notamment pour contribuer, là où cela semblera favorable à une meilleure mixité, à la définition d’un secteur commun à plusieurs collèges. La recherche de mixité sociale sera également prise en compte lors de l’élaboration de la carte des formations des lycées généraux, technologiques et professionnels.» L’essor du numérique implique  également l’approfondissement des coopérations entre l’Etat et les collectivités : « Les collectivités territoriales seront associées à la construction et à la mise en œuvre de projets numériques partenariaux avec les académies. Ces projets prendront en compte toutes les dimensions nécessaires à la réussite des actions engagées (infrastructures, équipements, maintenance, formation, expérimentation, contenus, etc.) grâce à la mise en place d’une gouvernance partagée (création d’un « comité des partenaires » au niveau national et d’instances territoriales dédiées au numérique éducatif au niveau des académies).» On notera l’emploi de « gouvernance partagée », ce qui constitue presque une tautologie, étant entendu que la gouvernance implique la pluralité des décideurs. Les parents ne sont pas laissés au bord du chemin  avec ce rappel : « Pour la réussite de tous les élèves, la coopération avec les parents, particulièrement ceux les plus éloignés de l’institution scolaire, doit s’inscrire dans une réelle démarche de coéducation.»

Plus largement, la diversité et la richesse des composantes de la communauté éducative est rappelée à travers deux créations de la loir de refondation de l’école : le contrat d’objectif tripartite et le projet éducatif territorial qui  «  permet de mobiliser les partenaires disponibles sur un territoire donné. Ce partenariat garantit la continuité éducative entre les projets des écoles et des établissements, et les activités proposées aux élèves en dehors du temps scolaire. Il permet d’offrir aux enfants l’accès à des activités culturelles ou sportives auxquelles nombre d’entre eux n’ont pas accès aujourd’hui. »

Ce rapide survol de la circulaire de rentrée donne à voir que, désormais, l’action éducative n’est envisagée par le ministère de l’éducation nationale que sur la base de l’engagement d’une multiplicité d’acteurs, sur des arrangements entre représentants de l’Etat et des collectivités, sur l’engagement, l’initiative, la démarche de projet des professionnels de l’éducation, des élèves et de leurs parents. La circulaire de préparation de rentrée 2014 en est l’illustration : prudemment, l’éducation est donc bien entrés, nolens volens, en régime de gouvernance. Tout reste évidemment question de mise en œuvre, effective ou formelle, à l’échelle académique et locale

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