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Carte scolaire: les effets performatifs d'une politique

Publié par Philippe GOMBERT - Cap-Education.fr sur 30 Août 2012, 14:47pm

http://www.varmatin.com/media_varmatin/imagecache/article-taille-normale-nm/carteScolaire.jpgL’assouplissement de la carte scolaire a eu un impact négatif sur la mixité sociale des établissements et a créé, dans l’esprit des parents, un nouveau droit : celui de choisir son école. Le nouveau ministre de l'Education Nationale s'est d'ailleurs prononcé pour sa suppression lors de sa conférence de presse de rentrée.

Loin de constituer une exception, les réformes en faveur du libre choix des établissements illustrent des tendances caractéristiques des nouvelles politiques éducatives. Plusieurs études reviennent sur les effets sociaux de ces réformes en France. Créée en 1963 dans une période marquée par la mise en place du collège unique, la carte scolaire a été conçue comme un instrument privilégié de gestion rationnelle des flux des élèves, et devait permettre de limiter la concurrence entre les établissements scolaires. Or, cet objectif initial s’est rapidement heurté aux pratiques des « consommateurs d’école » et à la demande croissante des classes moyennes et supérieures en faveur de plus de choix (Van Zanten, 2008). La prise en compte de ces aspirations parentales a conduit à de multiples initiatives d’assouplissement de la carte scolaire. Très médiatisée, l’annonce de la suppression de la carte scolaire constituait un axe fort de la campagne présidentielle de 2007. Au terme de ce quinquennat, une étude récente de Nathalie Mons (2012) permet de dresser un premier bilan des effets sociaux de ces réformes. 

La première étape (2007-2009) est marquée par un excès de zèle de la part des inspections académiques (aujourd’hui DSDEN) afin de satisfaire la demande des familles. De nombreuses dérogations sont accordées et le taux de satisfaction de la demande des familles est en forte hausse. Parallèlement, cette période est caractérisée par une campagne de communication particulièrement offensive en direction des parents. On enregistre également au cours de cette phase des réactions très négatives des professionnels de l’éducation et des élus locaux. Les premiers s’inquiètent des menaces que font peser ces décisions sur les établissements qui relèvent de l’éducation prioritaire, tandis que les seconds s’inquiètent de voir leurs compétences de sectorisation menacées.

La seconde phase (2009-2010) renvoie à un ralentissement des réformes face aux différents constats des professionnels de l’éducation, des organisations syndicales1 et des chercheurs. Compte tenu des effets pervers observés, notamment au niveau des coûts dans un contexte de rigueur budgétaire croissante, la pression va progressivement se relâcher sur les acteurs locaux. Cette période s’accompagne d’un verrouillage des dérogations particulièrement net dans le réseau de l’éducation prioritaire, compte tenu de l’affaiblissement de la mixité sociale. Ces changements ont été rendus possibles par le positionnement personnel du ministre de l’Éducation, Xavier Darcos, qui était lui même à l’origine peu favorable à ces réformes. Ce dernier avait pris soin de conserver un dispositif s’inscrivant dans le cadre traditionnel et contraignant de la carte scolaire par opposition aux politiques de libre choix scolaire (par exemple en Grande-Bretagne) (à suivre)

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Cet article a été publié dans le numéro de Juin 2012 de Cap Education

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