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Autonomie de l'établissement et forme scolaire

Publié par Jean-Pierre VERAN - Cap Education sur 12 Octobre 2013, 16:46pm

DES MARGES NON EXPLOITEES ?

On a assez dit que l’autonomie des établissements scolaires, inscrite dans le décret du 30 août 1985 consécutif à la loi  n° 83- 633 du 22 juillet 1983 créant les établissements publics locaux d’enseignement (EPLE) était « corsetée », « exclusivement formelle ». La cause est entendue : l’autonomie des établissements tiendrait plus de la fiction que de la réalité, par la faute d’une administration bureaucratique et centralisatrice, digne gardienne d’un Etat jacobin. Pourtant, à y regarder de plus près, on peut s’interroger sur ce qui est vraiment à l’origine des limites ainsi dénoncées à l’autonomie des établissements. Cet usage infiniment modéré des marges d’autonomie est-il dû à des textes réglementaires coercitifs, ou à d’autres raisons ?

Nous nous contenterons de prendre un exemple. Parmi les champs d’exercice de l’autonomie de l’établissement scolaire, le décret de 1985 indique, au troisième rang, dès sa première version, « l'organisation du temps scolaire et les modalités de la vie scolaire ». Ce qui frappe tout observateur de ce domaine, c’est la prédominance quasi exclusive sur tout le territoire d’une organisation du temps scolaire fondée sur l’heure d’enseignement. Les emplois du temps communiqués aux élèves et à leur famille n’indiquent d’ailleurs que ces heures-là, les autres apparaissant comme des « trous d’emploi du temps », comme si, hors les heures d’enseignement en classe, rien n’existait dans l’établissement qui méritât d’être mentionné comme temps utile. Quel établissement affiche dans les emplois du temps, des heures de vie scolaire ou de vie lycéenne ?

Les « heures de CDI » figurent certes dans certains emplois du temps en classe de 6e, quand est programmée une initiation à la recherche documentaire. Mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. On le voit, à travers cet exemple, les établissements qui exercent leur autonomie dans ce domaine sont rares. Ceux qui s’emparent de leur autonomie dans ce domaine, échappent à la forme scolaire traditionnelle en organisant, par exemple, des séquences d’enseignement de 80 minutes, ce qui a l’avantage de réduire les changements de salle et d’enseignement et les mouvements au cours d’une même demi-journée et dégage des plages de temps pour travailler et apprendre autrement, dans des conditions d’autonomie progressive.

FORME SCOLAIRE RIGIDE

En effet, pour que l’autonomie des élèves s’acquière et s’exerce, il faut que leur parcours de formation semaine après semaine dans l’établissement se nourrisse non seulement de temps d’enseignement, mais aussi d’activités de recherche, de coopération, de projet, d’ateliers. Les élèves travaillent et apprennent utilement aussi en dehors de la classe. Cela ne signifie aucunement que le travail en classe exclut l’autonomie de l’élève, mais des enquêtes internationales nous alertent sur certaines limites de cet enseignement. Ainsi, selon l’enquête TIMSS (trend international mathematics and science study) réalisée en 2007 : 72% des élèves français ne travaillent jamais en groupe en mathématiques (ils sont 18% dans ce cas aux USA, …et 81% Irlande) ; 56% passent leur temps à recopier le tableau (ils sont 10% dans ce cas en Suède, …et 74% Japon). Selon l’enquête PISA de 2003, les élèves français de 15 ans déclarent à 75% être angoissés par leurs notes en mathématiques, quand les élèves de l’OCDE le sont en moyenne à 59%. De quelle autonomie auraient donc besoin les établissements scolaires pour développer l’autonomie des élèves ?

Ne serait-ce pas d’une autonomie par rapport à une forme scolaire qui ne connaît que les heures d’enseignement, que la notation sommative en matière d’évaluation, et qui considère que tout temps autre que du temps d’enseignement est du temps perdu ? Ne serait-ce pas d’autonomie par rapport à la reproduction d’un modèle par lequel enseignants, chefs d’établissements, inspecteurs ont été formatés : des heures d’enseignement à longueur de journée, la « pause méridienne » n’excédant pas parfois en lycée 30 minutes entre quatre cours le matin et quatre l’après-midi ?

Repenser le temps scolaire en sortant de la sacro-sainte unité de compte « heure de cours », repenser les espaces scolaires, en transformant les lieux de relégation que peuvent être encore parfois les salles dites de permanence, développer des lieux accueillants où élèves, enseignants, personnels de vie scolaire peuvent travailler, échanger, étudier, collaborer, conduire des projets, prendre des responsabilités, voilà une perspective qui pourrait servir la refondation de l’école : rappelons que la loi de refondation de juillet 2013 vise à « favoriser la coopération entre élèves ». L’autonomie des établissements par rapport à la forme scolaire traditionnelle et celle de élèves ont partie liée.

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