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Missions des professeurs-documentalistes : de 1986 à 2016, quelles avancées ?

Publié par Jean-Pierre VERAN sur 26 Novembre 2016, 17:00pm

Missions des professeurs-documentalistes : de 1986 à 2016, quelles avancées ?

Le SNES a publié la dernière version du projet de nouvelle circulaire de mission proposé par le ministère le 7 novembre [1].

Dans son commentaire [2] le syndicat écrit que « l’axe 1 définissant le rôle pédagogique omet ainsi la mission d’enseignement et cantonne le rôle pédagogique du professeur documentaliste à une « contribution », une « médiation documentaire » voire une ingénierie pédagogique. Cette définition est donc toujours en-deçà de celle de la circulaire de 86 et ne répond pas à l’ambition affichée en introduction de « réactualiser et de renforcer la mission pédagogique du professeur documentaliste ». Le Ministère semble donc toujours récuser la possibilité d’enseigner pour les professeurs documentalistes ».

Il est donc utile de procéder à une lecture comparée des deux textes : la circulaire  n° 86-123 du 13 mars 1986 [3] et le projet de circulaire de novembre 2016.

Notons d’abord que la circulaire de 1986 définit «les missions des  personnels exerçant dans les CDI», puisqu’elle a été écrite antérieurement à la création du corps des professeurs-documentalistes, recrutés comme leurs collègues de disciplines par un CAPES section documentation depuis 1989. Il ne semble pas superflu d’abroger un texte de trente ans d’âge, qui ignore à la fois les évolutions de recrutement, de formation et de statut des personnels concernés ainsi que les évolutions survenues depuis en matière de ressources documentaires, d’accès à l’information et de diffusion de celle-ci, comme en matière éducative.

En 1986, la circulaire souligne certes « l'appartenance du documentaliste-bibliothécaire à la catégorie des personnels enseignants » mais ajoute aussitôt que cela « exige que sa mission, de nature essentiellement pédagogique, soit conduite en étroite liaison avec les professeurs de l'établissement ». Pour ce qui concerne ce qu’on appelle alors « une initiation et une formation des élèves à la recherche documentaire », la circulaire précise : « A l'intention des nouveaux élèves et en liaison avec les professeurs, les personnels d'éducation, les chefs de travaux, les assistants, il organise un cycle d'initiation à l'utilisation des ressources du centre(…) Ces activités sont organisées en fonction des possibilités matérielles du C.D.I. et selon des modalités établies en collaboration avec les professeurs : plage horaire, classe entière ou demi-groupe, durée du cycle...»

Pourrait-on reprocher au projet de novembre 2016 d’être en deçà de ce texte ? Alors que la circulaire de 1986 fait de l’étroite liaison avec les professeurs, les personnels d’ éducation, les chefs de travaux, les assistants, de la collaboration avec les professeurs un fondement de la mission pédagogique des documentalistes-bibliothécaires, le projet de novembre 2016 pose d’entrée de jeu que « le professeur documentaliste est maître d’œuvre de l’éducation aux médias et à l’information, concepteur et maître d’œuvre de la politique documentaire, et il est acteur de l’ouverture de l’établissement sur son environnement éducatif, culturel et professionnel ».

Le maître d’œuvre, si l’on en croit le dictionnaire Robert, est au sens propre la « personne physique ou morale responsable de l’exécution des travaux » et, au sens figuré « la personne qui dirige un travail intellectuel ».En exemple, le dictionnaire cite « le maître d’œuvre d’une encyclopédie ». Caractériser le professeur-documentaliste comme maître d’œuvre de l’éducation aux médias et à l'information et de la politique documentaire de l’établissement, est-ce vraiment être en deçà de la circulaire de 1986 ? Entrons dans le détail du projet de texte pour trouver réponse à cette question.

La première mission du professeur-documentaliste est d’être « maître d’œuvre de l’acquisition par tous les élèves d’une culture de l’information et des médias». Comment cela se traduit-il ? « Le professeur documentaliste peut intervenir seul auprès des élèves dans les activités de médiation documentaire et dans des formations, des activités pédagogiques et des activités d’enseignement, ainsi que, ou dans le cadre de co-enseignements, notamment pour que les apprentissages prennent en compte l'éducation aux médias et à l'information». Il est donc clairement établi que le professeur-documentaliste enseigne, seul ou en co-enseignement, qu’il s’agisse de médiation documentaire, de formation (des élèves à la culture de l’information), d’activités pédagogiques et d’enseignement. On est donc bien, sur le champ pédagogique, en 2016, au delà du champ défini par la circulaire de 1986.

Comme « maître d’oeuvre de la politique documentaire de l’établissement », le projet de 2016 souligne le rôle clé du professeur-documentaliste notamment dans « le choix et l’organisation de l’ensemble des ressources accessibles en ligne pour les élèves et les enseignants de l’établissement », « une politique de lecture », « la définition du volet numérique du projet d’établissement ». Il indique que le professeur-documentaliste peut être « référent numérique »  et « référent culture » de l’établissement. Si on rapproche ces éléments de ce que la circulaire de 1986 dit de la contribution des personnels exerçant dans les CDI à « l’activité pédagogique de l’établissement » , le contraste est net : « L'action du documentaliste-bibliothécaire peut ainsi revêtir des formes variées : mise à disposition d'éléments de documentation et d'instruments nécessaires à la réalisation d'un travail individuel ou collectif, participation à la conduite d'un P.A.E., organisation de visites, de rencontres, élaboration de dossiers, préparation d'expositions. Dans tous les cas, il est amené à travailler en étroite collaboration avec les professeurs concernés ».

Cette lecture comparée permet de percevoir qu’en effet, entre 1986 et 2016, on est passé de bibliothécaires-documentalistes à des professeurs-documentalistes, dont les responsabilités et missions sont plus larges, et plus fortement pédagogiques. Il serait dommage sans doute de ne pas saisir cette occasion de mise à jour d’abord, mais aussi de clarification et de reconnaissance du rôle majeur qui est celui des professeurs-documentalistes en 2016.

 

[1]http://www.snes.edu/IMG/pdf/circulaire_de_missions_de_missions_des_professeurs_documentalistes__projet_men__7_novembre.pdf

[2] http://www.snes.edu/Professeur-documentaliste-c-est-un-metier.html

[3] https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/

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