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Attractivité du métier d’enseignant : quelles stratégies à travers le monde ?

Publié par Jean-Pierre VERAN sur 19 Novembre 2016, 15:59pm

Attractivité du métier d’enseignant : quelles stratégies à travers le monde ?

Le dernier rapport du CNESCO sur l’attractivité du métier d’enseignant consacre sa quatrième partie à répondre à la question : que font les autres pays de l’OCDE pour valoriser le métier d’enseignant ?

On y découvre d’abord un paysage très contrasté entre des pays européens qui connaissent une pénurie globale d’enseignants qualifiés (11 pays dont l’Allemagne, l’Italie, la Norvège, la Suède), d'autres qui ne connaissent aucune pénurie (15 pays, de l’Angleterre à la Slovénie, en passant par l’Ecosse, la Finlande, la Pologne et le Portugal), et ceux enfin qui connaissent une pénurie partielle d’enseignants qualifiés, notamment dans les matières scientifiques ou en langues (6 pays, de la Belgique néerlandophone à la Turquie, en passant par l’Espagne et l’Islande).

On y mesure aussi le sens que peut avoir la pyramide des âges des enseignants. « Par exemple, 59 % des professeurs de collèges ont plus de 50 ans en Italie, contre seulement 7 % en Turquie, ce qui laisse présager des difficultés de recrutement pour les prochaines années. Par ailleurs, l’évolution de l’attractivité du métier d’enseignant dans les pays peut également se mesurer d’après l’évolution de la part des enseignants ayant plus de 50 ans : ainsi, entre 2005 et 2014, cette part est passée de 26 % à 45 % en Autriche, ce qui indique un vieillissement de la population enseignante et donc une perte d’attractivité du métier d’enseignant. Au contraire, au Royaume-Uni, cette part est passée de 33 % à 25 %, indiquant un effet inverse ». On peut noter que la France se situe de ce point de vue positivement, parmi les rares pays où la part des enseignants de plus de 50 ans a diminué entre 2005 et 2014 : en France elle a baissé de quelques points, soit moins qu’au Royaume uni, en Irlande ou en Allemagne mais plus qu’aux Etats unis ou en Suède.

On y voit apparaître aussi des politiques publiques d’attractivité, conduites de manière volontariste dans divers pays, des Etats unis à Singapour en passant par l’Angleterre, la Finlande, l’Irlande ou la Norvège. Nous nous contenterons de dégager quelques lignes de force de ces politiques, qui pourraient être utiles au débat public français sur l’éducation, pour le sortir de ses tropismes hexagonaux. Selon la Commission européenne (2013), les politiques publiques pour remédier à la pénurie d’enseignants qualifiés sont caractérisées par :

« - l’accroissement du niveau de diplôme demandé pour devenir enseignant (presque partout en Europe, ce niveau s’est stabilisé au grade de master) ;

- l’amélioration de la qualité de la formation initiale ;

- le renforcement du soutien apporté en début de carrière. »

D’autres mesures ont été prises dans certains pays pour rendre le métier d’enseignant plus attractif :

« le développement de la qualité et de l’accessibilité de la formation continue ;

- l’amélioration des conditions de travail (l’Autriche, l’Estonie, la Hongrie et la Pologne ont par exemple diminué le nombre d’élèves par classes) ;

- un accompagnement renforcé aux enseignants souhaitant bénéficier de mobilité

- l’association des enseignants au processus de décision lors de réformes (l’Allemagne suite au choc PISA 2000, OCDE 2013) ;

- un soutien renforcé aux enseignants rencontrant des difficultés ;

- l’amélioration de l’image de la profession auprès de la population entière (notamment en

Estonie, en Irlande, en Lituanie, en Norvège et en Écosse) ;

- la création de méthodes d’évaluation des enseignants pertinentes, transparentes et

acceptées, menées par un représentant institutionnel considéré comme légitime, et sur

lesquelles se basent la rémunération et l’avancement (afin d’encourager les bons professeurs à rester dans la profession)»

Il est intéressant de noter que ces politiques ont été mise en place dans des pays où il n’y a aucune crise d’attractivité du métier d’enseignant à l’exception de la Norvège, où elle est globale.

Hors Europe, les cas de Singapour et des Etats unis sont intéressants. Depuis 2007 a été mis en place à Singapour le programme GROW (Growth, Recognition, Opportunity and Well-Being2) qui se caractérise par des mesures de développement professionnel et croissance, de reconnaissance et récompenses, de bien-être des enseignants. A titre d’exemple, pour chacun de ces axes, le financement des formations diplômantes, une échelle de salaire basée sur le mérite et la performance, l'extension des possibilités d’enseignement à temps partiel. Aux Etats-Unis, on a développé des politiques d’attractivité (teach for America), un système de reconnaissance et de récompense non gouvernemental, fondé sur l’évaluation des compétences par les associations de professeurs (National Board for Professional Teaching Standards), et créé une obligation de renouvellement de la certification permettant d’enseigner à intervalle régulier (tous les 5 à 10 ans en Illinois par exemple).

On mesure, à travers ces deux exemples, l’écart existant avec la culture européenne de l’enseignement. En Europe, les politiques d’attractivité reposent plutôt sur la communication publique et la médiatisation (Estonie, Lituanie, Norvège), la transformation du curriculum, faisant des enseignants les moteurs du développement scolaire, mais aussi personnel et émotionnel, des élèves (Ecosse), l’élargissement de l’autonomie et de la qualification des professeurs (Finlande), le relèvement des salaires (Irlande, Lituanie) ou des primes proportionnelles à la pénurie d’enseignants (Angleterre), l’amélioration de la formation continue (Norvège). Ces données font écho aux propositions récentes de Jean-Michel Blanquer3, qui observe « Notre système éducatif a précisément besoin de s'ouvrir sur ce qui se passe ailleurs dans le monde. Le caractère autocentré du débat sur l’éducation est l'une de nos limites». On notera à ce propos que ses propositions visant au renforcement du rôle du chef d’établissement sur les personnels comme sur les horaires d’enseignement font plus de celui-ci que de ceux-là les moteurs du développement scolaire. Et qu’il n’est pas sûr que l’attractivité du métier d’enseignant s’en trouve nécessairement renforcée dans notre pays.

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