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Quand le PS se coupe des enseignants...

Publié par Jean-Marc ROBIN - Cap Education sur 19 Mai 2015, 23:00pm

Quand le PS se coupe des enseignants...

Un billet publié il ya plus d'un an...le 31/03/2015

Nous parlons rarement politique dans nos colonnes mais là on peut difficilement faire l’impasse. Les sondages qui se succèdent annoncent une coupure de plus en plus profonde entre le PS et les professeurs. Le Figaro s'en est fait l'écho le 24 juillet 2015, la chute serait pour François Hollande spectaculaire, il ne rallierait plus que 21 % des voix des enseignants contre 44 % 2012. On pourra trouver cela injuste : le gouvernement n’a-t-il pas mis fin à la suppression d’un emploi sur deux dans l’Education nationale ? Le gouvernement n’a-t-il pas rétabli la formation initiale au profit des néorecrutés ? La revalorisation du métier enseignant n’est-elle pas en marche avec la création d’une indemnité de suivi pour les professeurs des écoles et la création d’une indemnité pour mission particulière (IMP) à la rentrée 2015 pour les professeurs du secondaire ?

Le malaise est profond. La crise économique n’a pas épargné les enseignants dont les salaires réels et parfois nominaux ont diminué sous l’effet du gel du point d’indice, de la hausse des cotisations sociales et du retour à la fiscalisation des heures supplémentaires. La crise de l’Etat affecte les enseignants qui râlent, comme les autres fonctionnaires, de payer la facture d’une dette qui a servi d’abord à renflouer les banques et à restaurer les marges des entreprises. Aucun horizon ne semble exister pour le Service public sinon un discours culpabilisateur « vous coûtez top cher » ou « les contribuables n’en ont pas pour leur argent ». Les enseignants sont aussi touchés par la crise « des classes moyennes », ils ont parfaitement perçu que le capital culturel – leur seule véritable ressource - qu’ils pouvaient transmettre ne mettait plus à l’abri leurs enfants des emplois précaires et du chômage. Le déclassement ronge les classes moyennes par sa jeunesse. Enfin, les enseignants – comme représentants des « classes intellectuelles » - ressentent sans doute plus douloureusement que les autres catégories sociales l’absence de projet de société global. Le « sauve qui peut » colonise les esprits et les stratégies professionnelles. Les professeurs qui vivaient dans leur grande majorité leur profession sur le mode de l’engagement professionnel et civique comptent désormais leur temps, les personnels de direction en sont les témoins. Ils sont de plus en plus nombreux à chercher ailleurs comment s’épanouir et être reconnus.

En somme, les professeurs sont devenus des salariés comme les autres. La lecture des commentaires sur les réseaux sociaux en dit long sur leur amertume, elle peut s’exprimer aujourd’hui sous forme d’insultes (« socialopes ») ou de véritables messages de haine contre le parti socialiste. La reconquête politique de sa clientèle électorale par le PS sera difficile. Sans signe fort pour la jeunesse et les classes moyennes du public – dont les enseignants sont le cœur - la perspective d’un autre « mai 2002 » se profile à grand pas.

Puisque, d’ici l’élection présidentielle, la bataille contre le chômage de masse est perdue, la gauche de gouvernent serait bien inspirée de consacrer tous ses efforts et son énergie à améliorer le sort des moins de 30 ans (emploi, niveau de vie, logement, santé, participation à la vie associative ou politique, etc). N’est-ce pas d’abord sur ce chantier que le candidat François Hollande a demandé à être jugé par les électeurs ? S’il y a une cause à laquelle les professeurs – et au-delà tous les électeurs-parents - sont sensibles, c’est bien celle là: la jeunesse. La création d’un grand ministère de la jeunesse, souvent évoquée et toujours repoussée serait un premier signal et, permettrait, on peut l’espérer, de renforcer les synergies.

Le sociologue Henri Mendras suggérait que l’appartenance à une classe d’âge était appelée à mieux rendre compte des destins que l’appartenance à une classe sociale ; les faits lui donnent raison : les jeunes sont les premières victimes de la crise !

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