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Les styles de management des chefs d'établissement

Publié par Cap-Education.fr sur 14 Octobre 2015, 18:38pm

Les styles de management des chefs d'établissement

Observations de terrain

Chaque chef d’établissement adopte un style de management. Ainsi, certains privilégient les relations humaines et la proximité avec les équipes éducatives ; d’autres cherchent par la communication à valoriser l’établissement et à susciter une envie d’entreprendre et de se mobiliser; enfin, d’autres encore, parce qu’ils sous-estiment sans doute les capacités de mobilisation des équipes, préfèrent impulser eux-mêmes des actions en s’appuyant sur des relais ponctuels parmi les enseignants.

Nous avons identifié plusieurs façons d’administrer les établissements scolaires. Notre description est fondée sur l’observation directe de dix chefs d’établissements et s’appuie sur plusieurs entretiens avec des personnels de direction. Au départ, nous avions fait l’hypothèse que le clivage entre les chefs d’établissement pouvait se construire autour de deux questions: Quel est le degré de confiance du chef d’établissement dans enseignants ? Quelle conception des élèves le chef d’établissement a-t-il? Sont-ils pour lui « des apprenants » qu’il faut instruire ou « des adolescents » qu’il convient d’éduquer ?

Les entretiens ont montré qu’il n’y avait pas d’écart sensible parmi les personnels de direction sur leur conception des élèves. En revanche, une dimension est apparue plus importante, il s’agit des relations avec l’extérieur et du rôle de l’image de l’établissement. Certains chefs d’établissement surinvestissent la communication externe car ils considèrent qu’ils doivent travailler à faire grandir la réputation de leur établissement pour développer ses ressources et mobiliser « les troupes ».

Le communicant

Nous en avons rencontré un archétype. Pour Bastien, proviseur de lycée professionnel, la communication en direction des chefs d’entreprise du bassin de formation, c’est le moyen de « faire rentrer » de la taxe professionnelle pour équiper les ateliers ; c’est aussi faciliter l’insertion professionnelle des élèves en nouant des partenariats avec des entreprises. La communication vise encore à obtenir du Rectorat la possibilité de développer des sections ou des formations plus prestigieuses tournées vers les nouvelles technologies. Enfin, la communication consiste à trouver « des alliés » parmi les autres chefs d’établissement du bassin pour éviter les compétitions stériles et mutualiser les ressources matérielles ou humaines. En interne, Bastien considère qu’il a su développer des relations de coopération avec les personnels : « A titre personnel, je n’ai jamais eu de problèmes majeurs ou violents avec des enseignants. Y a toujours eu des discussions parfois animées. Je pense que parfois les profs avaient raison, parfois j’avais raison, mais cela ne s’est jamais terminé par des situations de blocage. Alors c’est dû à quoi ? Certainement, au souci de communication, je pense être un bon communicant ». Il concède que sa façon de communiquer peut conduire à faire « des erreurs de communication » en ayant voulu aller trop vite, en oubliant « d’informer les gens concernés par le problème ». On reconnaît ici l’image du manager moderne qui va bousculer les conservatismes en s’appuyant sur des techniques de communication ou son charisme. La contrepartie c’est un dialogue difficile avec les organisations syndicales qui préfèrent la négociation. Mais, pour le chef d’établissement qui investit la communication, ce n’est pas la façon de manager qui crispe les représentants syndicaux, c’est leur rigidité. « Quand on affaire aux enseignants à mon avis on n’a jamais de problèmes (...). Quant aux représentations, là c’est autre chose parce que c’est souvent des principes, là c’est bloquant ! »

Le manager tentaculaire

Si Bastien affirme savoir déléguer puisqu’il consacre beaucoup de temps aux relations extérieures, d’autres chefs d’établissements impliqués dans la communication laissent peu de dossiers à leurs adjoints et peuvent être définis comme des managers tentaculaires. Ils veulent tout contrôler et ne font confiance ni à leurs adjoints, ni aux équipes pédagogiques ou éducatives. Dans ce cas, les relations avec les adjoints ou avec leurs subordonnés sont souvent crispées car il n’y a pas de partage des responsabilités. Le chef d’établissement se comporte comme « un véritable patron », il en endosse à la fois les habits (costume – cravate ou tailleur) mais aussi la charge de travail car il s’estime être le seul à maîtriser une organisation complexe. Attentif à son image, il sait la manipuler et donne avec parcimonie quelques gages laissant penser « qu’il fait confiance aux équipes ». Le manager tentaculaire s’assume rarement comme tel, les discours et les actes ne correspondent pas. Il est capable d’affirmer publiquement des valeurs collectives ou de reprendre à son compte l’exigence « du pilotage partagé » mais c’est pour mieux masquer la réalité concrète de son pouvoir : rien n’est possible sans son accord et le manager tentaculaire est souvent l’instigateur de ce qui se fait. (...)

Extrait de Professeurs et chefs d'établissement. Dans les coulisses d'une relation professionnelle. (Edition 2015) Jean-Marc ROBIN (en vente sur Lulu.com)

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